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La rationalisation de l=éducation physique en France, 1950-1966 :la pédagogie du * rendement et du contrôle +
Philippe Sarremejane
Dans les années d=après-guerre
(1950-1966), l=éducation physique a
connu, en France, un fort mouvement de rationalisation méthodologique. Mue par
une quête de reconnaissance sociale et le désir d=avoir le statut d=une véritable
discipline scolaire, l=éducation physique cherche à produire une
forme de * rendement + associé à une
procédure de contrôle des * acquis +. Il s=agit bien de mesurer les
* effets + de l'enseignement, le
progrès. Les outils d=évaluation n=étaient alors, ni
performants, ni unifiés, ni généralisés. La démarche novatrice commencera par
une estimation de la capacité physique des élèves afin de pouvoir définir des
groupes homogènes d=élèves. L=individualisation est la méthode la plus efficace.
Progressivement, les outils permettant d=estimer ce niveau
de départ vont devenir de plus en plus performants et l=élaboration de la Table
de cotation de Jean Letessier sera le moment culminant de cette innovation. Cette
nouvelle méthodologie présente des modes de rationalité théoriques et pratiques
substantiels. Toutefois, le contrôle du progrès va s=avérer difficile.
Visiblement les conditions scolaires de la pratique ne permettent pas de faire
la preuve que les élèves ont véritablement progressé pendant le cours d=éducation physique. De nombreuses tensions
demeurent.
In the post-war period
(1950-1966), physical education in France went through a strong movement of
methodological rationalization. Driven by a search for social acceptance and a
desire to be recognized as a fundamental school subject, physical education sought
to produce a form of efficiency combined with a procedure for the control of
learning. The goal was to measure the effects of teaching, that is, the Aprogress@ made. Yet during this
period evaluation tools were neither effective nor unified or generalized. The
innovative process begins with an estimation of the physical capacities of the
pupils so as to define comparable level groups. Child-centredness becomes the
most efficient method. Gradually, the tools allowing us to estimate this level
become more impressive; the development of the classification table of Jean
Letessier can be seen as the height of this innovation. This new methodology
presents important theoretical and practical modes of rationality. However,
controlling Aprogress@ will turn out to be
challenging. Clearly, the school conditions of teaching make it difficult to
prove that the pupils have really progressed in their physical education
classes. Many
tensions remain.
Au début des années 1950, les théoriciens
de la discipline éducation physique portent un intérêt tout particulier à la
valeur physique. Cet intérêt est associé à la volonté de rationaliser la
pratique d=enseignement en contrôlant ses effets. L=éducateur se doit de mettre en place une
procédure d=intervention efficace tout simplement
parce que * l=enfant vient à l=école pour se perfectionner +. L=éducateur est responsable de la transmission, il est
responsable des progrès de l=élève. C=est ce moment, cette émergence de l=esprit de rendement, qui a fortement
marqué la discipline dont nous voulons rendre compte.
Cette étude se fonde sur un double
corpus : la revue Education physique et sport (EPS) et les
ouvrages de référence des auteurs qui ont publié dans la revue. La revue EPS
représente en France, depuis 1950, la culture professionnelle des professeurs d=éducation physique. Au début des années
50, la revue fait appel à la publication, elle propose à des rédacteurs éventuels
dix thèmes B (1) le sport, phénomène social, (2) le
sport dans l=enseignement supérieur, (3) le sport et
le milieu ouvrier, (4) le gymnase, (5) l=appréciation de la valeur physique, (6) l=organisation du travail de l=éducateur physique, (7) la compétition,
(8) le rythme, (9) l=adaptation des méthodes étrangères à l=éducation physique française, (10) la
nécessité et le rôle des éducateurs et des chercheurs. Le groupe de réflexion
sur le thème de la valeur physique, groupe dit nE 5, sera le plus productif. Nous avons retenu l=ensemble des articles de ce groupe
portant sur la période 1950-1966. Pierre Parazols et Jean Letessier, tous deux
professeurs d=éducation physique, seront les membres
les plus influents du groupe. Ils sont les signataires majeurs de ces articles.
Notre travail, qui s=inscrit dans une perspective historique,
a pour but d=apprécier la validité des modes de
rationalisation annoncés. Sans nier le rôle des déterminants institutionnels et culturels plus larges, nous avons
pris le parti de rester centré sur l=évolution
des instruments de * contrôle +. Nous évoquerons aussi les conditions de
faisabilité de la * pédagogie du rendement +. Bien que la table de cotation
Letessier, destinée à établir ce contrôle, fût largement diffusée, de
nombreuses tensions demeurent quant à sa finalité première : évaluer les
progrès des élèves.
* Rationaliser + s=entend ici comme la mise en place du contrôlable. L=intention n=est certainement pas neuve. Pourtant, elle s=exprime
avec force pendant deux décennies. Le contrôle des effets de la pratique d=enseignement est une revendication insistante associée à l=image que la discipline entend donner d=elle-même.
* Rationaliser + consiste
à dégager des principes pratiques cohérents qui s=organisent
en trois temps : contrôler avant l=enseignement
la valeur physique de l=élève, la développer par l=enseignement, ce sera le
perfectionnement, puis, enfin, évaluer le progrès après l=enseignement. Le moyen de cette rationalisation sera la production d=un instrument d=estimation de la valeur physique. Non seulement la procédure
pédagogique doit être efficace mais aussi avoir un certain rendement. La rigueur de la démarche doit permettre à l=enseignant d=avoir un repère de départ clairement établi et tangible afin de
pouvoir se donner un but et l=atteindre. Ce plan de construction de l=enseignement
sera, par analogie, comparable à un repérage dans l=espace. Pour
savoir où l=on va, il faut d=abord savoir où l=on est et même savoir d=où l=on
vient : * une action cohérente des éducateurs sera mieux à même de
savoir d=où ils viennent et où ils vont +. L=évaluation est instrumentalisée, elle n=est plus
seulement un moyen de donner des notes aux différentes compositions
trimestrielles. Elle devient un moyen pédagogique.
Au-delà de la certification et de la
production de notes, dont l=intérêt est indéniable, l=appréciation juste de la valeur physique
apparaît comme un moyen de * tri + afin de faire des groupes homogènes. L=évaluation est aussi l=élément fondamental d=une unité méthodologique.
D=abord, cerner ce sur quoi portera l=enseignement, puis élaborer un outil d=évaluation qui permettra de différencier
les élèves et aussi d=établir le constat d=un progrès. Projet de connaissance d=abord, finalité pratique ensuite qui
consiste surtout à optimaliser l=acte
d=enseignement. Cette double
rationalisation B théorique et pratique- a-t-elle abouti,
cette instrumentalisation de la pratique a-t-elle obtenu des résultats
tangibles? C=est ce que notre étude va essayer de
dégager.
Les moyens de l=appréciation de la valeur physique
Les normes de rationalité de la mesure
* S=il n=y a de science que du mesurable, les
performances athlétiques apportent la condition sine qua non pour
entreprendre une étude méthodique des qualités physiques +. Cette phrase d=inspiration aristotélicienne est à la fois
méthodologique et programmatique. Méthodologique, car l=intention est bien d=opter pour une démarche de rationalisation, et
programmatique puisqu=il s=agit * d=entreprendre +, c=est-à-dire de construire un outil d=évaluation des qualités physiques. Lorsqu=il écrit cela en 1966, Jean Letessier a
pourtant déjà produit un tel outil. Il ne reste plus qu=à convaincre de l=utilité de sa table de cotation. C=est le problème de la généralisation de
la table à l=ensemble de la corporation des
enseignants d'éducation physique qui motive son discours.
C=est donc plus tôt, au début des années 50, que cette
ambition scientifique de mesurer apparaît. La mesure est un acte de
rationalisation parce qu=elle impose une constante à une chose,
parce qu=elle impose une grandeur constante prise
comme référence à un état de chose indéterminé. De façon plus précise, mesurer,
c=est attribuer des nombres aux choses, c=est établir une correspondance entre
certaines propriétés des nombres et certaines propriétés des choses. C=est donc supposer que les propriétés
fonctionnelles des nombres et celles des choses sont analogues, seule cette
supposition permettant la substitution. Rappelons que la mesure a surtout une
fonction pratique au sens où elle facilite l=action sur les choses. Car il est plus facile d=agir et de manipuler intellectuellement
les nombres que ce qui leur correspond dans les choses.
Si la mesure consiste à établir un ordre,
si son emploi est ressenti comme de plus en plus urgent, c=est que la pratique telle qu=elle est faite dans les années 50 ne
présente pas suffisamment de cohérence. L=emploi d=une
même norme de mesure par un groupe ou une corporation présente une finalité
pratique certes, mais surtout sociale. La communauté des professeurs d=éducation physique ne sera une véritable
communauté que par l=emploi des mêmes référents théoriques et
pratiques. Le lien communautaire assuré par l=ancrage institutionnel, qui définit au moyen de
textes prescriptifs les finalités et les contenus disciplinaires, n=est pas suffisant. Il faut aussi, selon
G. Colo, partager les mêmes outils pratiques, il faut partager surtout les
mêmes instruments de contrôle des effets de la pratique, les instruments de
mesure. Ainsi, écrit-il dans la revue EPS :
* Et pourtant, il est un remède bien
simple : normaliser ! Faire pratiquer l=éducation physique sans mesurer les aptitudes et
contrôler ces résultats, c=est travailler dans la nuit. Mais si pour
contrôler ces résultats, il est imposé autant de barèmes de cotation et autant
d=épreuves différentes qu=il est proposé d=examens à préparer et subir, c=est rendre la nuit plus noire encore. Un
Éducateur Physique répugne à travailler dans le désordre. Le mètre et le
chronomètre le forgent net, loyal et objectif. Éducation Physique aux
examens ? Crise de l=athlétisme ? Prestige légitime d=une corporation gagnant son pain à la
sueur de son front ? Désir d=être
pris au sérieux ? D=être entendus ? B Entendons nous d=abord pour être entendus +.
Le constat de la disparité des méthodes
et des moyens de contrôle est dans l=après-guerre
manifeste. L=unité disciplinaire est affaiblie. Les
moyens de l=efficacité passent par des référents
stables ; certains enseignants s=emploient
à les construire. Les expériences d=élaboration
de barèmes ne sont pas rares même si elles restent isolées. Elles ne sont pas
encore en mesure d=être unifiées et généralisées. Les
barèmes sont produits au sein des établissements, au mieux pour un usage
interne et collectif, au pire pour un usage strictement personnel. Le propos de
Henri Talbot, Inspecteur Général, est dans ce sens édifiant : * On s=est beaucoup plaint de la diversité des barèmes de
cotation des performances physiques, en particulier au moment des examens ou
concours. Il n=y a pas d=instructions précises et générales à ce sujet et
celles que l=on possède représentent, pour tel ou tel
examen et pour lui seulement, une traduction immédiate des performances
réalisées en notes de valeur, sur 20 par exemple. D=autre part, elles donnent prise à des sérieuses
critiques quant à l=allure même de cette échelle de notes +.
Outre la regrettable absence d=un barème unique et équitable, c=est aussi la façon très subjective qu=ont les professeurs d=estimer leurs élèves qui est critiquée. L=illusion de * la sûreté du coup d=œil + est vivement dénoncée.
Contre cette approche très empirique de l=estimation, il faut désormais opter pour la
médiation quantitative. Cette médiation interpose entre le sujet et le donné un
référent stable : le nombre appliqué à une valeur constante. * Si vous pouvez mesurer ce dont vous
parlez et l=exprimer par un nombre, vous savez
quelque chose de votre sujet, sinon vos connaissances sont d=une pauvre espèce et bien peu
satisfaisantes, quelle que soit la question dont vous vous occupiez +. Cette citation de Lord Kelvin est
donnée en 1952 par Pierre Parazols, qui sera
le fervent promoteur de ce changement des mentalités. Le nombre fait exister la
chose, il n=y a de connaissance véritable que du
dénombrable. Cette
forme d=idéalisme mathématique doit être tempérée
dans ce contexte par un souci pratique, par une exigence pratique : l=efficacité de l=intervention. * Et viser l=efficience, c=est tôt ou tard être conduit à la mesure +. C=est le désir de mieux faire, de mieux enseigner en l=occurrence, qui justifie l=exigence de rationalité et donc de la
mesure.
1950-1966. La progression rationnelle
des outils d=évaluation : du qualitatif au
quantitatif
Au début des années 1950, la
notation de l=éducation physique lors de la composition
de fin de trimestre prend trois formes, souvent associées : les épreuves
isolées de type athlétique, les parcours-épreuves et les enchaînements
gymniques. Le souci nouveau est de reprendre ces outils et de les améliorer
pour qu=ils deviennent performants en tant qu=instruments de contrôle de la procédure d=enseignement. La composition d=éducation physique, soutient-on, ne tient
pas compte du progrès de l=élève et donc de l=effet réel de l=enseignement, elle est une évaluation de type
sommatif à l=issue du trimestre. L=évaluation du progrès désormais perçue
comme souci majeur nécessite de cibler la nature même de ce qui est l=objet des transformations et aussi de
définir un outil fiable d=évaluation. L=intention première est de concilier précision de la
mesure et estimation de la valeur physique générale voire de la personnalité de
l=élève d=un point de vue global, ce que Hébert appelait * l'homme complet +. L=estimation du * global + est tout à fait recevable dans son principe puisqu=il s=agit de donner l=image motrice la plus complète possible de l=élève. Mais très vite, les membres du
groupe n° 5 s=aperçoivent que globalité et objectivité ne vont pas
ensemble. L=exigence de rigueur des épreuves-tests
avant l=enseignement ne pourra reprendre les
critères qualitatifs, appréciés et subjectifs qui, souvent, entrent en ligne de
compte dans les notes de composition de fin de trimestre :
* Il nous semble intéressant de bien
distinguer la note de valeur physique, d=un emploi général, basée sur les cinq épreuves
retenues : deux courses (vitesse et résistance), un saut (hauteur),
un lancer (poids), un grimper (deux fois trois mètres chronométrés) et une
appréciation plus large, adaptée aux exigences de l=établissement, et tenant compte des élèments tels qu=assiduité, tenue, comportement +.
On peut constater qu=en l=espace d=une quinzaine d=années les instruments de contrôle diagnostique
gagnent progressivement en objectivité, en simplicité et en efficacité. Le
qualitatif et l=approximatif laisseront progressivement
la place à des modalités polycritériées fournies par des outils quantifiés,
précis et efficaces.
L=évaluation initiale des capacités est faite au début
par différents moyens qui très vite deviennent concurrents : le
parcours-épreuve mono-critérié parfois associé à des échelles qualitatives, les
parcours-épreuves polycritériés, les épreuves athlétiques isolées et enfin les
épreuves combinées des compositions de fin de trimestre.
La persistance de l=hébertisme : l=évaluation de la valeur physique par le
parcours
Dans l=après-guerre, le parcours Hébert perdure,
vraisemblablement jusqu=à la fin des années 60. Il est souvent le
contenu même de la leçon de plein air. Puisque le maître a des épigones
fidèles, revenons brièvement à lui. En 1911, Georges Hébert publiait le Code
de la force. Le
chapitre IX est consacré au * Parcours-épreuve + . Le parcours-épreuve peut
éventuellement servir à mesurer la valeur physique. L=idéologie utilitariste de l=éducation physique selon Hébert retient surtout la
capacité d=adaptation comme qualité fondamentale de
la valeur physique, ce qu=il appelle * l=habileté à se débrouiller +. La variété des épreuves et le caractère
imprévu du parcours concourent à solliciter ce * vrai critérium de la résistance + qu=est la durée d=accommodation ou d=adaptation à un nouveau travail.
Autrement dit, l=imprévisibilité sera le caractère d=un véritable parcours puisqu=il est celui du terrain libre que l=on découvre en plein nature. L=adaptabilité, qui a pour corrélat l=imprévu, ne facilite pas l=élaboration d=un parcours dont le caractère normatif et stable
devrait servir de gage d=objectivité à une procédure d=évaluation. L=évaluation ne sera possible que sur un parcours
aménagé du type * parcours tracé et repéré +. Quant au critère, Hébert
préconise le temps pour évaluer la valeur physique générale :
* Si l=on désire avoir une véritable mesure de la
valeur physique générale au moyen de l= >épreuve-parcours =, il est nécessaire d=établir une échelle de performances
cotées en temps. Pour que cette échelle soit suffisamment juste, il faut, sur
un parcours bien établi, effectuer de nombreux essais de performances avec des
sujets dont on connaît déjà la valeur personnelle, par le procédé des épreuves
mesurables de la série-type Y On peut alors, d=après les performances accomplies par ces sujets sur
le dit parcours, déduire des cotes en temps et déterminer ainsi des niveaux d=aptitudes : insuffisant, moyen,
supérieur, athlétique +.
Dans l=après-guerre,
la thématique de * l=estimation de la valeur physique + trouve dans le parcours-épreuve un outil
d=évaluation conforme à la doctrine du
maître. Le parcours est le modèle type de la phase d=évaluation initiale avant la constitution des
groupes. En 1950, Parazols réalise ses groupes de valeur physique à l=issue d=un parcours-épreuve. Il reprend littéralement la
formule hébertiste, selon laquelle le parcours doit offrir une synthèse de tous
les exercices. Cette synthèse a bien sûr pour vocation de rendre compte du plus
grand nombre de capacités.
Dans l=institution scolaire, le parcours est du type tracé
et repéré, c=est un parcours d=obstables chronométré qui comporte aussi des
épreuves (fig. 1). La distance exigée varie en fonction de l=âge des élèves. Les capacités sollicitées
sont : la vitesse, la coordination, l=équilibre, la force, l=adresse et la résistance. Seul le temps chronométré
rend compte de ce que * vaut + l=élève. Certaines épreuves contrarient le principe de
rapidité d=exécution, car il faut aussi savoir
maintenir son équilibre sur une poutre, être capable de projeter un lancer
lourd dans une zone. Un ensemble de consignes codifie ces épreuves afin de
reprendre le plus rapidement possible le parcours. En lancer, par exemple, on
continue lorsque le premier poids tombe dans la zone la plus éloignée. Le
principe temporel écrase rapidement l=expression
des autres capacités. Contre cela, il sera proposé une formule moins
réductrice : le parcours fractionné. Ce mode
propose des parcours plus courts avec un nombre restreint d=épreuves. Un parcours sollicitera la
vitesse, l=adresse, l=agilité ; un autre, la détente, l=équilibre et la force. D=autre part, pour ne pas fausser l=expression des différentes habiletés, le
chronomètre est arrêté avant certaines épreuves et redéclenché après.
Les adeptes des parcours-mesure sont
délibérément opposés aux épreuves * isolées +. La valeur analytique du sujet ne peut être donnée
que par le parcours. Pourtant, au début des années 60, pour gagner en
efficacité dans la mesure, il devra être aménagé : * pour plus de précision, il
semble utile de placer l=épreuve d=adresse après la vitesse, qui peut le plus peut
le moins Y le grimper sera placé après une épreuve
de >relâchement= Y nous avons toujours placé le lancer
lourd, épreuve de force, en fin de parcours +. L=important est ne pas trop vite épuiser l=élève, qui, lors des épreuves de fin de
parcours, aurait des performances insignifiantes. Les éducateurs vont même plus
loin : au sein du parcours, en plus du temps global, on évalue chacune des
épreuves. Un barème de points adapté à chaque épreuve pondère le temps mis sur
le parcours. Puis, pour être encore plus précis, on mesure toutes les épreuves
qui sont mesurables, comme le saut en hauteur, le lancer ou le grimper. Le
parcours perd sa finalité initiale de produire et de mesurer une capacité d=adaptation et rejoint le principe
Figure 1 : Le parcours-épreuve

Source : Pierre Parazols, * Groupes de valeur
physique et parcours-épreuve +, Education physique et sport, nE 3 (1950) : 25
des épreuves combinées. Il est constitué de
plusieurs épreuves mesurables.
Un complément à l=estimation de la valeur physique lors du
parcours : l=évaluation du tempérament par une
échelle nominale
Les échelles nominales permettent de
différencier qualitativement deux objets ou deux individus au regard d=une ou plusieurs propriétés communes. Les
individus sont ensuite regroupés par catégories sous la même dénomination. Les
échelles nominales ne fournissent qu=une
information qualitative peu exploitable par la mathématique ou la statistique.
Cependant, les parcours sont l=occasion, au tout début des années 50, de
porter des jugements de valeur sous la rubrique générale du tempérament. Ces
jugements, que suggère le tableau de Pierre Parazols, permettent de placer les
élèves dans des catégories de caractères comme le téméraire, le hardi, le sage.
Ces catégories sont elles-mêmes corrélées à des indices de valeur hiérarchisés
symbolisés par des lettres. À l=issue de l=épreuve, le professeur interprète certains comportements
B tels celui de heurter un obstacle ou de
revenir en arrière pour franchir l=obstacle
oublié B comme révélant des traits de personnalité.
* Le parcours devient un moyen
commode d=apprécier, en plus de la valeur physique
globale du sujet, les premiers linéaments de sa personnalité Y +.
Les épreuves de composition comme évaluation
de la capacité physique
Une façon de pallier les
insuffisances métrologiques du parcours, tout en conservant un regard large sur
les capacités de l=élève, est de tenir compte des résultats
des compositions trimestrielles. Les compositions sont constituées de deux
groupes d=épreuves : les épreuves athlétiques
(60 m, hauteur, grimper, lancer) et gymniques. Les premières représentent les
2/3 de la note, les secondes le 1/3. Le barème utilisé est souvent conçu dans l=établissement.
Les résultats des compositions de l=année précédente permettent de fait de définir des
groupes de valeur physique homogène. Seuls les élèves de 6e subissent
les tests au début de l=année scolaire.
Le reproche le plus vif adressé à ces
outils d=évaluation est leur très grande
approximation. Ainsi, Jean Letessier juge-t-il les épreuves très nombreuses,
puisqu=il y a des parcours chronométrés
(parcours d=obstacle et parcours de sports
collectifs), des épreuves gymniques, des épreuves athlétiques, des épreuves de
natation, des épreuves
* techniques + comportant des exercices de force (les
épaulers). Chacune de ces épreuves utilise un référentiel de mesure différent.
Tantôt les épreuves sont appréciées, tantôt elles sont mesurées. D=autre part, l=ensemble est converti sur une échelle de vingt
points pour fournir une note. Cette conversion est loin de respecter les
principes mathématiques et statistiques qui pourraient donner aux notes une
équité véritable :
* Mais il [le barème sur 20] présente
de graves inconvénients. D=abord celui de la performance-plafond
dans chaque épreuve. Ce plafond
B
si le barème est bien fait __ est fixé d=après un certain pourcentage de réussite contrôlé ou
supposé dans la population intéressée. Si le pourcentage prévu est faible, donc
la performance-plafond élevée, le barème est très étendu et le partage en 20
échelons, trop grossier, discrimine mal. Si le plafond est abaissé, le
pourcentage de réussite est plus grand et alors un nombre important de sujets
atteint plus ou moins facilement cette limite, ce qui du point de vue sportif,
comme du point de vue éducatif, est inadmissible +.
Bilan de l=évolution des instruments d=appréciation de la valeur physiqu
On constate qu=en une dizaine d=années, de 1950 à 1961, l=ambition d=une
estimation globale de l=élève pour l=établissement de groupes homogènes s=est progressivement amenuisée. Le parti
pris d=une mesure objective sur quelques
épreuves s=est affirmé. On assiste à une
quasi-disparition des échelles nominales très qualitatives qui se référent à
des traits du caractère. Le parcours évolue considérablement dans sa nature. L=intention d=inspiration hébertiste de faire une * estimation de l=homme complet + n=a pas abouti. La volonté de mesurer, l=exigence d=objectivité, ont contrecarré la finalité intrinsèque
de ce dispositif. Le projet explicite de rationalisation de l=éducation physique n=a pu faire aucune concession quand il s=est agi de faire du parcours un outil d=évaluation fiable. Le critère temporel n=est pas suffisamment précis. Il n=exprime qu=une valeur très approximative des capacités qui
interviennent dans le déroulement des différentes épreuves. La réalisation du
parcours génère de lui-même des déséquilibres qui perturbent l=apparition des différents facteurs de la
valeur physique. C=est un instrument qui n=évoque que très grossièrement une valeur
générale ; au mieux il rend compte de quelques capacités de manière très
partielle. Qu=il soit un moyen de développer la valeur
physique, on peut le croire. Qu=il soit fait pour estimer la valeur de * l=homme complet +, c=est douteux estiment les membres du
groupe nE 5.
Tout au long de la période, entre 1950 et
1960, les parcours gagneront en précision par des découpages en épreuves
barémées puis mesurées. Ces découpages se font pour circonscrire au mieux une
seule capacité. La tendance s=oriente vers la différenciation des
épreuves, c=est-à-dire paradoxalement vers le type d=épreuves isolées tant décriées à l=origine par les hébertistes du groupe nE 5. Cette
dénaturation complète du parcours provoque au tournant des années 60 leur
disparition en tant qu=instruments de mesure. Les compositions
trismestrielles qui comportaient parfois des parcours ne les retiennent plus.
Les parcours ne sont pas satisfaisants. Dans ce sens, Lucienne Boutin
écrit :
* La première année (1955), nous avons formé
nos groupes à la rentrée sur parcours chronométrés aussi complets que possible
et différents suivant la série de classes. Ceci ne nous a pas apporté
satisfaction totale (long : 200 élèves environ à faire passer sur un même
parcours avec des moyens de chronométrage peu perfectionnés B influence possible de conditions
atmosphériques variables B mise en jeu fort insuffisante des
éléments coordination, correction, rythme). La deuxième et la troisième année d=expérience, le parcours a cependant été
maintenu en début d=année pour les 6eme B abandonné depuis B tandis que pour les autres
classes : classement fait d=après
la composition du troisième trimestre de l=année précédente +.
Les problèmes matériels et surtout les problèmes de
fiabilité métrologiques ont accentué l=éviction
du parcours.
Les compositions, quant à elles, posent
des problèmes spécifiques d=étalonnage. D=une part, les barèmes ne sont pas généralisés,
chaque établissement possède le sien et, d=autre part, la conversion des performances sur une échelle
en vingt points est très imprécise lorsqu=on prétend cerner telle ou telle capacité.
Les praticiens et ceux qui parmi eux sont devenus des théoriciens de
la valeur physique et de la mesure ont penché en fin de compte pour l=objectivité. L=estimation de la valeur physique, entendue comme capacité motrice
générale, n=est plus poursuivie, de même la capacité globale en sport collectif.
La démarche analytique prévaudra. Associée à des situations simples, elle
permettra d=identifier une capacité dominante dont on pourra souvent quantifier
la performance.
1960 : Les éléments de la
nouvelle rationalité méthodologique
L=année 1960 est une date fondamentale car elle
traduit un moment de maturité. Les éléments de rationalisation de la pratique
enseignante sont, dans l=ensemble, disponibles. Il ne restera
plus, par la suite, qu=à les généraliser à la profession.
Reprenons ces éléments. L=objet, désormais identifiable est l=ensemble des capacités motrices. Le but
de l=enseignement est le perfectionnement de l=élève. Les moyens sont l=ordonnancement des contenus sous
forme de programmes et l=individualisation comme méthode d=enseignement. Tout ce système est
contrôlé par une évaluation qui est autant un moyen de contrôle des acquis pour
l=élève, un moyen d=apprentissage, qu=un moyen de contrôle du rendement de l=enseignant. Ce contrôle se fera en cours
d=enseignement par des critères ; l=évaluation terminale, elle, se fera par
une épreuve simple et pratique, le pentathlon athlétique ; l=outil de mesure est la table de cotation
des performances athlétiques élaborée par Jean Letessier et dont nous ferons
état plus loin. Voyons maintenant la genèse de ces différents éléments. Et
comme l=objectif fondamental est le
perfectionnement de l=élève, la démarche préliminaire consiste
à contrôler le niveau de départ de l=élève.
Nous commencerons donc par l=outil de mesure.
La rationalité par la mesure : la
nouvelle norme métrologique Le projet de mettre en place une pratique d=enseignement contrôlée n=est pas, dans sa réalisation, linéaire et
rapide. Les détours sont nombreux, les moyens inégaux. Si la phase de départ,
la phase d=identification de la valeur physique, a
été accomplie assez vite au début des années 50, les moyens de l=estimation, on vient de le voir, ne sont
pas tous concluants. La progression vers des modes de rationalité plus
puissants se poursuit puisque ce que l=on
vise à terme c=est une épreuve fiable et un outil de
mesure, lui aussi, fiable. Ces deux éléments ne seront produits, dans les années
60, que lorsque seront assimilés les moyens intellectuels permettant de les
construire. Il faudra donc en passer par la maîtrise d=une culture de la raison, une culture de l=objectivité et de la mesure, il faudra
conquérir l=esprit scientifique.
Le climat intellectuel de la période : la
psychologie quantitative et la statistique
Durant cette période qui globalement s=établit sur une vingtaine d=années, la culture de référence du champ
de l=éducation physique est essentiellement la
psychologie positive et quantitative. La psychologie des aptitudes est associée
à un appareillage quantitatif : la statistique. Cette tradition
psychotechnique a des précurseurs remarquables en France puisque dès 1905
Alfred Binet et Théodore Simon réalisent la première échelle métrique pour la
mesure de l=intelligence afin de reconnaître les
élèves aptes à l=enseignement.
Les éducateurs physiques qui, après 1945,
réfléchissent sur l=estimation des capacités se réfèreront
directement à deux ouvrages des années 1920 se situant dans l=héritage des fondements de Binet. Le
premier est L=introduction à la pédagogie quantitative de Ovide Decroly et Raymond Buyse (1929),
le second, Les principes de psychologie appliquée de Henri Wallon (1930).
Ces deux ouvrages se caractérisent par leur option à la fois positiviste et
quantitative du traitement des faits psychologiques. Le choix de ces références
s=explique assez logiquement par la
communauté des thèmes et par le fait que les auteurs du champ de l=éducation physique avaient dû les
connaître en formation initiale dans l=entre-deux-guerres.
Des références plus contemporaines sont aussi exploitées, comme celle de Gaston
Mialaret, L=éducateur et la méthode des tests, ou celle de J-M Faverge, Introduction
aux méthodes statistiques en psychologie appliquée, deux ouvrages parus
dans les années 50.
Le positivisme qui caractérise cette
littérature est fortement induit par * l=esprit + de la mesure. La mesure des capacités ou des
aptitudes tend tout naturellement à valoriser une méthodologie de recherche
comportementaliste. Le * réaliste + en matière d=éducation, nous disent les tenants belges de la
pédagogie scientifique, est celui qui s=intéresse *
aux résultats, aux effets, aux conséquences, aux faits : c=est un esprit scientifique +. L=objectivité est donnée par deux éléments :
les manifestations comportementales et une échelle de mesure dûment étalonnée.
Henri Wallon reprendra ces deux critères fondamentaux pour la méthode de
tests
* Au lieu de supposer derrière les
manifestations intellectuelles une sorte de principe autonome, elle [la méthode
des tests] a pris pour objet d=étude ces manifestations elles-mêmes.
Elle a mesuré, comparé les variations, reconnu les corrélations ou l=indépendance réciproque. Ainsi sont
apparus des affinités ou des antagonismes qui font voir l=intelligence en action, et qui en
rattachent les manifestations au comportement et au tempérament de chacun.
C=est en partant des réalisations
extérieures qu=il est possible de distinguer entre les
fonctions mentales comme entre les individus +.
Ces exigences méthodologiques pour la
mesure de l=intelligence seront tout naturellement
appliquées pour la mesure des capacités physiques. Le passage inévitable par
les réalisations extérieures comme garant de l=objectivité est un des éléments d=un cadre méthodologique qui se positionne
contre l=introspection et le mentalisme. L=aptitude ne peut être considérée comme un
principe autonome, comme une entité psychologique ou psychomotrice en tant que
telle, elle ne peut qu=être perçue en acte. Ce principe a été
établi explicitement par le béhaviorisme watsonien dès 1919. Les éducateurs
physiques des années 1950 seront aussi sensibles à ce courant par le biais du
manuel de Leornard Carmichael sur la psychologie de l=enfant. Cet
ouvrage, qui est traduit en français en 1952, fait référence à Thorndike qui
sera, dans cette mouvance béhavioriste, un des premiers à utiliser la
statistique dans le milieu scolaire.
La statistique est un outil de traitement
quantitatif des données. Elle est en partie la réponse au manque d=objectivité dans l=étude des facultés d=un individu. * L=utilisation de la statistique en pédagogie témoigne
surtout d=un besoin plus grand de précision et d=objectivité, elle indique une tendance
marquée vers l=esprit scientifique en pédagogie +. Faute de pouvoir produire une norme de
comparaison à partir d=un seul individu, il convient d=élargir le nombre des sujets possédant
tous, à un certain degré, la qualité visée.
La culture de référence intégrera aussi
le travail novateur de Georges Canguilhem sur le normal et le pathologique dont
la première publication date de 1943. Parazols
lui emprunte la définition du normal : * un phénomène normal est un phénomène
dont l=exploration permanente est possible et
dont les caractères mesurés se révèlent identiques à eux-mêmes pour un individu
donné, dans des conditions données et à quelques écarts d=amplitude définie près, caractères qui
sont identiques d=un individu à l=autre dans des conditions identiques +. Cette définition considère le
normal selon le principe d=identité et précise aussi le cadre de la
mesure juste, de la reproductibilité du phénomène par la mesure. Mais l=apport essentiel de Canguilhem est
ailleurs. Et Parazols l=a souligné aussi : * Il faut encore lever l=équivocité du terme * normal + en ce qu=il représente tout à la fois, un fait et une valeur
attribué à ce fait +. La norme est un fait et une
valeur. La question que se posent les éducateurs physiques concerne la norme
relative aux capacités de l=élève. Puisque la norme est une valeur,
quelle sera cette valeur ? Il semble que ce que l=on veut évacuer c=est effectivement une valeur idéale et par là hors d=atteinte. On l=a vu, l=idéal
de l=athlète complet est relégué. Car il faut
que la norme soit rendue par un comportement observable, répétable, exprimé par
une classe d=individu, dans des conditions
contrôlées. La norme est donnée par la médiane des performances dûment mesurées
sur un échantillon significatif et, pour s=approcher de la valeur physique globale, il faut
varier les tests. * Un trait humain ne serait pas
normal parce que fréquent mais fréquent parce que normal +. La norme, du point de vue des
capacités, est présente derrière la médiane, car la normalité d=un élève qui a la moyenne est non
seulement définie biologiquement mais aussi culturellement. La médiane n=est donc pas le reflet d=un individu empirique mais donne un type.
Quant à Canguilhem, sa problématique
essentielle est de différencier le normal et l=anormal. Il cherche à définir la valeur de la norme
et montrera d=ailleurs que, dans le domaine du vivant,
cette valeur n=a rien d=objectif. Et le recours à la définition statistique
de l=individu normal ne le satisfait pas plus
car * la statistique ne fournit aucun
moyen pour décider si l=écart est normal ou anormal +. La statistique ne satisfait pas
Canguilhem, elle satisfait pourtant les éducateurs physiques. Ceux-ci cherchent
à fabriquer un outil de mesure équitable, une table de cotation ;
Canguilhem, lui, cherche le fondement objectif de la norme. Deux démarches
différentes. Parazols confirmera le bien-fondé statistique de la norme en s=appuyant sur Léonard Carmichael : * Les normes ne sont pas un critère.
Ce sont des statistiques servant à la comparaison des données mathématiques,
pour éviter l=erreur possible en généralisant des cas
isolés. Ce sont des conclusions d=études
scientifiques et, comme telles, ce sont des données indispensables Y +.
Mais, le débat de fond sur la définition
de la plus grande objectivité possible va plutôt dans le sens de Canguilhem.
Car la statistique n=est qu=un moyen d=étude
d=une distribution de performances
quantifiées. Elle est, pour Parazols, un outil théorique,
simplificateur :
* En tant que fait, la norme est une
constante déterminée par des moyennes expérimentalement obtenues sur des sujets
dont il est important qu=ils aient été en situation directe et
concrète d=action sur eux-mêmes. Le modèle, fruit d=une statistique, est une > construction théorique = ; c=est une simplification commode de la réalité +
Simplificateur, certes, mais utile. En
effet, il ne s=agit pas ici de définir la norme
objective mais une norme plus objective. Lorsqu=on fait de la moyenne la norme, on gagne en
objectivité, à condition aussi que le test, l=épreuve aient été pertinemment établis pour que la
capacité visée soit effectivement exprimée, sinon la statistique reste une
simple manipulation de nombres, une manipulation vide :
* comme il semble que l=on trouve dans le concept de moyenne un
équivalent objectif et scientifiquement valable du concept de normal ou de
norme et comme ce concept apparaît d=un
usage commode, tout au moins dans ce premier stade qui vise à des fins
pratiques, nous nous en servirons comme contrôle des données d=un groupe et des données d=un individu à l=intérieur de ce groupe +
On retiendra de manière synthétique que l=apport de cette psychologie quantitative
fut triple. D=une part, l=approche comportementaliste a permis d=extérioriser les capacités individuelles.
Et cette prise en compte des manifestations, lors d=une épreuve-test, est incontestablement un pas vers
l=objectivité. Insuffisant certes, au
regard d=une norme naturaliste. Mais, entre une
forme d=introspection très impressive et une
conceptualisation rigoureuse, la connaissance par le comportement observable
occupe une place honorable sur une échelle de scientificité. L=utilité pratique d=un tel savoir est, en tout cas,
indiscutable. D=autre part, la quantification des
performances observées permettra de définir la norme par la moyenne. Ce qui
permettra non seulement de donner des notes plus justes mais aussi de comparer
les élèves. La dernière chose sera l=appropriation
de l=outil statistique pour élaborer une table
de cotation. C=est ce que va faire Jean Letessier.
Jean Letessier et la quantification de
la mesure
L=impact du travail de Jean Letessier au sein du
groupe nE 5 sur * l=estimation
de la capacité physique + fut considérable. Il est le maître d=œuvre d=une table de cotation des performances athlétiques,
dont il deviendra d=ailleurs l=éponyme. Ses travaux commencent dès 1953. Le groupe
élabore expérimentalement un barème type pour évaluer les épreuves du
professorat et du monitorat d=éducation physique. Le principe d=établissement de la table est
statistique. Il s=agit, à partir d=un échantillon significatif, d=établir la courbe de fréquence des
performances.
Le premier problème à résoudre est
relatif à la distribution des performances qui n=est pas symétrique. Les performances, en tant que
variables, ne prennent pas toutes les valeurs entre - _ et + _. Elles n=ont pas de distribution gaussienne
avec un resserrement central autour de la moyenne. * Sur quelle base étalonner les
performances de la table ? +, s=interroge Jean Letessier.
Les écarts de performances concernant une même épreuve ont-ils la même
valeur quand on tend vers le record ? La solution consiste à utiliser la
fonction logarithmique qui traduit une progression accordant plus de valeur
aux performances proches du record.
À partir de ce barème, les fréquences des
performances des élèves se distribuent normalement. La distribution est
gaussienne et on peut utiliser les indices de dispersion tels la moyenne et l=écart type. Les écarts types sont un
indice type d=écart à la moyenne. Si l=on porte de part et d=autre de la moyenne la valeur de l=écart type, la proportion des
performances est voisine de 70 %. En calculant la moyenne de chacune des six
épreuves (100 mètres, 1 500 mètres, hauteur, longueur, poids, et grimper), on
peut établir les équivalences entre épreuves. De plus, on trouve des
équivalences entre les écarts de performances sur des épreuves différentes.
Ces principes mathématiques et
statistiques ont permis de dépasser les insuffisances et les incohérences des
tables suédoises, finlandaises et portugaises qui emploient un modèle linéaire
de distribution des performances. La table donne une conversion des
performances en nombre de points, de 10 à 500. Pour faciliter la notation sur
20, Jean Letessier propose un tableau de conversion. La table Letessier est
diffusée pour la première fois en 1957. Son concepteur fera pendant presque 10
ans une démonstration très didactique de son usage. En 1961, la seconde édition
élargit les références. Enfin, en 1963, paraît une nouvelle édition avec une
préface du haut commissaire à la jeunesse et au sport, Maurice Herzog, qui loue
une * table qui permet de chiffrer la
progression de chacun depuis le début de l=initiation sportive +
La méthode : l=individualisation par les groupes homogèn
Toute la démarche de
rationalisation de la mesure n=a qu=un but : contrôler l=efficacité de l=enseignement. Selon Parazols, l=enseignement ne peut gagner en efficacité
que s=il individualise : * La nécessité de l=individualisation du traitement éducatif
s=impose donc, en vertu
! de la notion même de l=éducation. Pour que l=œuvre éducative soit efficiente, elle
doit, en effet, s=adresser non à une collectivité, mais à
chaque individu
! des différences individuelles
constatées
! des objectifs assignés à l=éducation physique +
Faute de pouvoir réellement individualiser l=enseignement, il faut individualiser par
défaut, c=est-à-dire faire des groupes homogènes.
Mais, pour ce faire, on doit s=opposer à la logique scolaire qui
constitue des classes par niveau d=âge,
comme si l=âge chronologique et le développement
intellectuel étaient systématiquement corrélés. La constitution des groupes
physiques homogènes s=avère indispensable parce qu=au même âge la valeur physique des élèves
est différente et les écarts sont tels qu=ils hypothèquent l=efficacité d=enseignement.
Homogénéité de développement ou homogénéité d=aptitudes ? La question mérite d=être posée, car des élèves qui ont la
même morphologie n=ont pas systématiquement le même âge et n=ont peut-être pas aussi exactement le
même niveau d=aptitude.
Le travail en * groupes de valeur physique + est un principe
éducatif : * Une véritable
éducation suppose de la part de l=éducateur
un effort d=individualisation de son enseignement
pour l=adapter, le mettre à la portée de chaque
enfant, et, de la part de l=élève, un besoin d=apprendre, un besoin d=être aidé +. Ce mode pédagogique présente
plusieurs avantages. Le premier est * le dépistage et l=amélioration des points faibles +. Le second, le développement des
aptitudes. D=autre part, les avantages pratiques ne
sont pas négligeables : les élèves exécutent plus vite les exercices, les
engins n=ont pas à être réglés pour chaque élève,
les équipes homogènes progressent plus vite vers les habiletés sportives plus
complexes
Le groupe homogène permet deux autres
modalités de groupement propices aux apprentissages : l=équipe et l=atelier. * L=équipe
est un petit groupe de six à huit enfants, de structure simple, plus ou moins
stable, à l=autonomie relative, dont les buts
poursuivis réclament de ses membres une action coordonnée +. Le travail en équipe doit être cadré
pour être efficace. Ce cadrage sera mis en place par l=éducateur, un chef d=équipe veillera au respect des consignes. Dans le
cas contraire, comme c=est souvent le cas avec les élèves de 6e,
apparaissent des comportements préjudiciables : l=effort est artificiel, le dégoût de l=activité s=instaure, des conflits apparaissent, des chefs d=équipes peuvent être tyranniques
ou indolents. Les principes d=organisation doivent être apportés par l=éducateur qui doit * proposer et répartir les
tâches + ; le chef d=équipe qui contrôle l=ordre de passage des élèves note sur une fiche le
taux de réussite de chacun. La bonne organisation produit de facto une forte
motivation.
L=atelier est * un procédé de travail par petits groupes autonomes à des
appareils ou sur des emplacements séparés. Généralement, on conserve le système
des équipes pour l=appliquer +. Le principe du travail en atelier est assez proche de celui du
travail en équipe, l=autonomie relative des élèves les anime tous deux. Cependant le
travail par atelier permet à l=éducateur de * réunir les élèves qui présentent un même point faible ou ceux
qui sont susceptibles de se perfectionner dans une même technique, un même
style, et de leur permettre ainsi de poursuivre en commun un but
déterminé +. L=équipe et l=atelier sont deux modes assez proches du groupe homogène, la seule
différence est que l=atelier accentue encore plus la différenciation des élèves. L=équipe est encore un groupe homogène par niveau de capacités, l=atelier est un groupe homogène par niveau de compétences.
Mais les griefs à l=encontre d=un tel procédé sont nombreux. L=organisation matérielle, la mise en
pratique sont lourdes, car il faut que toutes les classes d=un même niveau soient alignées. La
constitution des groupes homogènes, différents du groupe classe initial, fait
que * l=esprit de classe est rompu+. Les groupes Education physique et
sport, effectivement, n=associent plus les élèves d=une même classe, mais certains,
seulement. Ce qui pourrait générer des clans et troubler l=harmonie psychologique de la classe.
Ensuite, le groupe homogène, de par son principe même, nuirait à l=émulation. Comme les élèves ont tous le
même niveau, la motivation par la différence des compétences serait quasi-
inexistante. Enfin se pose le problème du contrôle des présences. Les listes d=appel sont établies par classe et le
professeur d=éducation physique se doit d=établir de nouvelles listes ; d=où une charge de travail supplémentair
À chacun de ces griefs, les promoteurs du
projet répondront et seront appuyés en cela par l=autorité institutionnelle. Le 25 juin 1959, une
circulaire émanant de la Direction générale de l=organisation et des programmes scolaires, cosignée
par Maurice Herzog, Haut commissaire, et Lucien Paye, Directeur Général de l=Organisation et des Programme scolaires
du ministère de l=Éducation nationale, précise que * De nombreuses expériences
réalisées sur plusieurs années scolaires, et qui viennent d=être minutieusement analysées, ont mis en
évidence les avantages indiscutables retirés d=une organisation de l=éducation physique et sportive basée, non plus sur l=existence des classes ou divisions, mais
sur la constitution de groupes d=aptitude
physique homogènes +. La circulaire stipule aussi que la
constitution des groupes homogènes n=est
pas obligatoire, mais elle est recommandée * avec insistance + dans * tous
les cas où une même classe comporte plusieurs divisions +.
Le choix d=une seule épreuve normalisée : le pentathlon
athlétique
* Comment, à travers des épreuves
simples, est-il possible, avec une assez bonne approximation, d=apprécier la valeur physique d=un sujet, de juger de ses progrès, de le
situer par rapport à son groupe? +. Telle est la question que pose Jean
Letessier à la fin des années 1950. Les instruments du contrôle B épreuves et table B sont désormais établis. Les épreuves
sont limitées à cinq et l=instrument de mesure B la table B présente toutes les garanties théoriques de
fiabilité. L=intention des éducateurs du groupe nE 5 est de généraliser le pentathlon et l=usage de la table à toutes les instances
éducatives et sportives qui évaluent la valeur physique : * Un projet de pentathlon athlétique
étudié et proposé par le groupe d=étude
répond à ces conditions. Son application généralisée introduirait dans l=enseignement de l=éducation physique un élément cohérent, unifié,
généralisé et simplificateur +. La première de ces instances est
le BSP, le brevet sportif populaire instauré par Léo Lagrange en 1937 ; la
seconde est le triathlon de l=Office du sport scolaire et universitaire
(OSSU), et enfin la troisième, les examens scolaires du BEPC
et du baccalauréat.
Le brevet sportif populaire est une
épreuve de masse qui a pour but d=évaluer
la capacité physique de tous les Français. Il comporte pour les hommes un
lancer de poids (7 kg 257), un saut en hauteur avec élan, une course de 100 m
plat, un grimper de corde (bras seuls) et une course de 1 000 m plat ;
pour les femmes : un lancer de poids (4 kg), un saut en hauteur avec élan,
une course de 60 m plat et un grimper à la corde (bras et jambes) ; la
natation (25 m nage libre) est facultative. Les performances pour l=obtention du brevet sont basses (1,20 m
en hauteur ou 15 secondes au 100 m pour les hommes) et correspondent à la cote
zéro, l=état de débrouillardise des épreuves du
Code de la force de G. Hébert
L=OSSU organise chaque année un triathlon, une
épreuve de masse pour les élèves, qui a pour but de dégager une * élite athlétique +. Ce triathlon comprend : la
vitesse, le saut en hauteur et le lancer de poids. Les modalités de l=épreuve obligatoire d=éducation physique au baccalauréat,
stipulées par l=arrêté du 5 octobre 1959, comprennent
quatre épreuves : une épreuve gymnique, une épreuve de grimper libre, une
épreuve d=athlétisme, tirée au sort parmi la
hauteur, la course de vitesse et le lancer de poids, et une épreuve
choisie par le candidat parmi les épreuves d=athlétisme pré-citées. S=y ajoutent pour les garçons une course de
résistance, pour les filles un lancer du poids ou un lancer d=adresse et pour les deux sexes une
épreuve chronométrée de nage libre. Parmi ces épreuves, seule l=épreuve gymnique n=est pas barèmée; elle est sensée tempérer
la seule estimation des aptitudes innées par une prise en compte du progrès.
Le BSP, l=OSSU, le BEPC et le baccalauréat impliquent des
épreuves différentes et des barèmes différents. Jean Letessier et les membres
du groupe veulent dépasser cette trop grande disparité et proposer dans un
premier temps une uniformisation par un barème unique. La table Letessier
deviendrait le seul référent des différentes épreuves scolaires et non
scolaires. À terme, l=intention est de réduire ces épreuves au
seul pentathlon athlétique qui se réaliserait à la fin de l=année scolaire. Le * carnet scolaire d=éducation physique +, dont une version a été testée
concrètement, présente d=ailleurs comme épreuves type d=éducation physique * les cinq épreuves du
pentathlon +.
Rendement, contrôle, normalisation : le bila
* Qu=attend l=Inspecteur de la substance même de la leçon ? Qu=on obtienne du progrès ; telle est la règle d=or dans toute tentative éducative +. Roger Marchand n=exprime pas là uniquement le point de vue de celui qui est désigné
par l=institution pour contrôler, c=est-à-dire
étymologiquement assurer le contre-rôle des éducateurs physiques ; il ne
fait que traduire le souci d=une corporation qui se veut légitimement productrice d=effets. Car le progrès, c=est * une
différence positive entre le début et la fin de la leçon +. Légitimité, car que serait un enseignement qui ne transmettrait
rien, ou qui serait incapable de montrer qu=il a
transmis quelque chose. Éduquer, c=est transmettre des normes et
des savoirs ; aucune société n=y échappe. Et dans une
société démocratique, éduquer, c=est transmettre des normes et
des savoirs spécifiques en vue de l=émancipation de la génération
montante qui aura à trouver son propre mode d=adaptation
à un monde à venir. La responsabilité démocratique s=exerce
aussi en évaluant les compétences de chacun, en ayant donné à chacun l=occasion d=exprimer au mieux son potentiel. C=est le
souci de Roger Marchand qui demande : * Que
va gagner l=enfant, la classe ? l=enfant, la classe vont-ils
gagner le maximum possible? +. Tout comme les autres professeurs, le professeur d=éducation physique se doit de transmettre un savoir. Il se doit
aussi, c=est sa déontologie, d=être à même de contrôler le
savoir qu=il transmet. Cette quête de l=efficacité
doit donc, désormais, devenir la norme. La norme de toute une profession
Tout comme on généralise les unités de mesure et les monnaies pour
faciliter le commerce, les éducateurs physiques vont opter pour le même
instrument, la même table pour qu=il y ait commune mesure, pour
que les notes aient pour tous la même signification, quel que soit le lieu et
quel que soit l=établissement. Souci premier de mettre de l=ordre,
pour que l=enseignement soit efficace avant tout pour l=élève.
Dans ce sens, Georges Colo précise :
* Et pourtant, il est un remède bien simple :
normaliser ! Faire pratiquer l=éducation physique sans
mesurer les aptitudes et contrôler ces résultats, c=est
travailler dans la nuit. Mais si pour contrôler ces résultats, il est imposé
autant de barèmes de cotation et autant d=épreuves
différentes qu=il est proposé d=examens à préparer et subir, c=est rendre
la nuit plus noire encore. Un éducateur physique répugne à travailler dans le
désordre. Le mètre et le chronomètre le forgent net, loyal et objectif.
Education Physique aux examens ? Crise de l=athlétisme ?
Prestige légitime d=une corporation gagnant son pain à la sueur de son front ?
Désir d=être pris au sérieux ? D=être
entendus ? B Entendons nous d=abord pour être entendus +.
Revendication de la norme qui ne peut être pensée comme arbitraire
et qui relève plutôt du bon sens, du bon sens pratique : * Conclusion en forme de plaidoyer pour la normalisation en
éducation physique Y Il est de bon sens dans une telle situation, de convenir d=un certain nombre de règles, même imparfaites, mais connues de tous
et appliquées par tous. De toute évidence, il en résulte un gain d=économie et d=efficacité, entre autres, et la satisfaction de tous +. Normalisation, non seulement de l=éducation
physique scolaire, mais aussi des sphères sociales de la pratique sportive. Car
le pentathlon est l=essence même du sport, il peut devenir le moyen d=évaluation de la valeur physique de tous les Français. Ainsi tout le
domaine de la pratique sportive aurait le même étalon de mesure. Généralisation
du référent à la nation toute entière : * Le
projet de pentathlon athlétique Y comblerait une lacune
regrettable dans ce domaine du contrôle des résultats et ouvrirait des
perspectives favorables sur les problèmes précités : épreuves, classements
Y et sur les liaisons entre l=éducation
physique et le sport scolaire, entre le sport scolaire et le sport civil +. Faut-il voir là une collusion entre l=éducation
physique et le sport ? Il est indéniable que les membres du groupe d=étude nE 5 sont des partisans du sport. Et si certains, parmi eux,
conservent un ancrage hébertiste, et restent des adeptes des parcours d=obstacle, la plupart seront gagnés, pendant la décennie 50, par l=esprit sportif. Tout le travail de Jean Letessier porte
exclusivement sur des * performances sportives + et contre
les dérives possibles de la compétition. Il est très clair : * Le sport qui se traduit en performances numériques sera-t-il
victime de cette périlleuse attraction des >
plafonds = ? Non, s=il réussit à s=implanter profondément dans la vie des jeunes, en particulier dans
le milieu scolaire où son rôle n=est pas d=atteindre des sommets mais de susciter une saine émulation dans des
compétitions accessibles à tous +.
La pédagogie
du rendement servira à promouvoir la sportivisation de l=éducation physique. Elle fera le jeu de Maurice Herzog contre la
gymnastique construite et même contre les tenants d=un sport
éducatif. Toutefois, cette quête d=efficacité traduit une
attitude nouvelle, car la corporation de l=éducation
physique n=avait, peut-être jamais, été interpellée par la notion de progrès,
de progrès démontré tout au moins. Qu=un professeur de sciences
naturelles, de langue ou de mathématique contrôle les acquis de ses élèves sous
forme d=interrogation écrite, cela a toujours semblé normal. Qu=il y eut des compositions d=éducation physique en fin de
trimestre, cela aussi était considéré comme normal, non au sens de l=obligation de produire du progrès, c=est-à-dire
de l=apprentissage, mais plutôt au nom d=une
ritualisation du temps scolaire. Car, on peut effectivement faire faire des
compositions trimestrielles sans que, pour autant, le progrès de l=élève puisse être établi. L=actualisation de compétences
n=a jamais signifié leur récente acquisition. Le spectre de l=inutilité, de l=inefficacité, de la déconsidération de l=éducation
physique est bien présent en arrière-plan.
C=est bien la transmission de véritables contenus d=enseignement qu=il s=agit de mettre en place désormais. La
chose n=est pas facile. Car si l=on a choisi le développement des
capacités physiques, il faudra démontrer qu=elles sont susceptibles d=un développement réel en cours d=éducation physique, autrement dit que le
cours offre les conditions de leur développement. Quelles sont-elles ? Il faut
certes rationaliser la mesure des capacités, la table Letessier, globalement,
le permet ; mais il faut ensuite que les méthodes soient optimalisées, que
le temps scolaire d=entraînement soit suffisant et surtout que
les conditions matérielles de la pratique soient bonnes. Dans ce sens, Jean
Pinturault dresse un bilan rapide et précis :
* Les leçons d=Education physique doivent constituer
pour nos scolaires des modèles, des exemples à inclure dans le contexte d=une vie physique : deux heures par
semaine ou plutôt une centaine de minutes, introduites au hasard des horaires d=un établissement, un plein air de cent
vingt à cent cinquante minutes, ne semblent pas fournir un menu suffisamment
cohérent pour améliorer ou perfectionner le scolaire +.
Un dernier problème est lié à la nature
même des pratiques qui supportent l=enseignement.
Quant à choisir le sport, peut-on le réduire à un pentathlon en occultant les
sports collectifs ou les sports duels ? Et puis, toutes les pratiques
sportives ne reposent pas exclusivement sur des capacités athlétiques, elles
font intervenir aussi des habiletés motrices qui s=apprennent par apprentissage. Il faut le craindre,
toutes ces conditions ne seront pas remplies. La plus fondamentale, celle qui
concerne les installations, est encore, dans les années 60, largement
irrésolue. Qu=apprend-on réellement lors des séances de
plein air, surtout quand les intempéries les rendent impossibles? Les
Instructions de 1959 évoquent cette situation, relativement fréquente : * Par mauvais temps caractérisé,
et du fait que de nombreux établissements ne disposent pas de gymnase ou autre
surface couverte, l=éducateur doit s=attacher à exploiter une situation qui, si elle est
moins favorable à l=enseignement des disciplines corporelles,
permet néanmoins des activités de remplacement non négligeables +. La responsabilité de la transmission d=un contenu d=enseignement exclusif doit aussi tenir compte de
deux autres facteurs : la croissance qui fait que chaque élève voit ses
propres capacités augmenter naturellement et, d=autre part, la pratique concurrentielle
extra-scolaire qui agit aussi sur les capacités.
Le bilan d=un acquis moteur effectif à mettre sur le seul
compte d=une éducation physique n=est pas réalisable. D=où le postulat de Letessier, selon
lequel, l=effet de l=enseignement B entraînement B est équivalent pour tous les élèves. Une façon d=éluder le problème.
Conclusion : Quelles
normes de rationalité pour la pédagogie du rendement ?
Si l=on considère que le rationnel est ce qui obéit à des
règles, on distinguera deux types de rationalité : une rationalité du
connaître, rationalité théorique, et une rationalité de l=action, rationalité pratique.
La rationalité du connaître a été donnée
en partie par la capacité qu=ont les tests de donner un aperçu
empirique de la manifestation d=une capacité. Et ce cheminement vers le
donné empirique est appréciable, il est préférable en tout cas à une simple
postulation spéculative ou nominale. Les problèmes ne sont pas tous levés, car
il n=y a pas de capacités complètement
identifiables et absolument différentiables comme le sont les phénomènes
homogènes de la chimie ou de la biologie. Une capacité ne peut qu=être révélée. Gain de rationalité parce
que gain d=objectivité. A cela, il faut ajouter l=usage de la statistique qui donne aussi
un gradient d=objectivité par le traitement des grands
nombres, c=est-à-dire par la multiplication des cas
singuliers. Letessier, qui étalonne sa table en veillant à la normalité des
distributions, pourra établir des comparaisons entre les différentes épreuves.
Ces deux plans aboutissent à une mesure fiable, à un outil de classement
efficace, et l=exigence pratique s=en satisfait grandement.
La rationalité pratique présente une
autre nature. Elle est relative à la saisie concrète du monde, du monde humain
surtout. Elle est aussi associée à un but, un résultat, un succès escompté.
Dans ce sens le mode de rationalité de la pédagogie du rendement est une
rationalité de l=action selon un mode technique. L=efficacité et la vérifiabilité sont, ici,
les critères de la raison. Car, si les éducateurs font la démonstration que les
élèves se perfectionnent, ils auront agi selon ce mode rationnel. L=atteinte du but concret, ici les progrès
de l=élève, est relative au moyen, au respect
de l=ordre dans la progression. D=où l=importance du cadre global et réglé de la pratique B l=évaluation préalable, la définition des objectifs,
le programme, la production des groupes homogènes, l=individualisation, la progression dans l=apprentissage par les exercices-critères,
l=évaluation terminale par le pentathlon B , autant d=éléments qui sont les étapes d=une pédagogie soucieuse d=atteindre son but. Rationalité faible,
certes, qui n=est pas celle du connaître, mais qui
comporte ses propres principes, son propre ordonnancement, sa propre logique
pratique.
La pédagogie du rendement est une
méthode, dans son sens le plus instrumental, mais elle reste gouvernée par une
norme, une valeur, une conception de l=homme :
celle d=éduquer physiquement un élève en
développant son potentiel moteur, ses capacités. La finalité est première, la
raison pratique qui intègre la méthode est le moyen de l=atteindre.
Cette raison pratique est méthodologique,
elle est surtout organisationnelle. L=organisation
prévoit et prépare les conditions de l=action
en vue de son efficacité. L=organisation de la pédagogie du
rendement doit être anticipée pour * libérer l=éducateur de certaines contraintes, lui donnant
ainsi la possibilité de mieux se consacrer à son enseignement + pour permettre * de la part des professeurs, une action des
plus fructueuses par une répartition rationnelle des horaires et l=adhésion à des règles de travail communes
+. L=organisation présente trois moments : la
répartition des heures de travail de manière que * chaque série de classes de même niveau
se présente aux mêmes heures +,
ce qui permet de constituer les * groupes-équipes-ateliers +; la répartition des lieux de travail qui
se base sur un * roulement dans le temps sur un
cycle de six semaines + et, enfin, la répartition des moyens de
travail qui comprennent les méthodes d=organisation
du travail personnel de l=éducateur physique, le plan d=aménagement des salles et terrains et le
programme de travail.
La pédagogie du rendement possède
bien une double rationalité, théorique et pratique, mais en tant qu=instrument d=intervention sur le réel a-t-elle pu parvenir à ses
fins ? Les expériences pratiques relatées, celles des concepteurs et des
praticiens, tendent à le confirmer. Toutefois, des tensions demeurent qui ont
fait le jeu de toutes les formes d=inertie
et de conservatisme. Tensions entre un outil d=évaluation B d=estimation B qui se veut à la fois pratique et précis. Pratique,
parce que maniable et fiable; précis, parce qu=il est sensé donner une image globale de la valeur
physique. Mais les seules épreuves du pentathlon donnent-elles une bonne
appréciation de la valeur physique? Qu=en est-il de tous les registres techniques des
pratiques? Sont-ils inévaluables ou bien ne sont-ils pas importants ?
Tensions entre la démonstration d=efficacité d=un enseignement et l=incapacité qu=il a à la produire. Chercher à perfectionner, à
viser un progrès tout en ignorant ce qui est susceptible d=être réellement appris en cours d=éducation physique. Sachant qu=il n=est peut-être pas possible de développer les
capacités motrices dans les conditions réelles d=enseignement. Tensions, aussi, entre une exigence de
rationalité de la pratique, dont la composante organisationnelle et la dotation
matérielle sont le point d=orgue et les conditions communes de la
pratique d=enseignement qui sont souvent indigentes.
Tensions, enfin, entre la revendication d=un statut disciplinaire analogue aux autres matières
scolaires et le maintien d=une place à part, d=une place originale et spécifique. Car la
définition du statut de la discipline influe aussi sur l=image sociale qu=elle peut avoir. La responsabilité prend désormais
un sens. Le devoir de transmission obéit à des critères moraux et sociaux au
nom desquels l=éducateur physique doit rendre compte de
ses actes. Il en va du crédit moral et social d=une profession.
La scolarisation de l=éducation physique est accomplie certes,
mais ne reste-t-elle pas formelle? Suffit-il d=être une matière obligatoire, avec des objectifs,
une individualisation, des compositions de fin de trimestre pour pouvoir dire
qu=on a enseigné véritablement, que les
élèves ont gagné le maximum possible? Qu=ont-ils gagné en vérité? Tous les enjeux de la
discipline peuvent se réduire à cette simple question.
NOTES
1 Pierre Parazols,
* Le contrôle en éducation
physique
+, Education physique
et sport, nE 48 (1960) : 15.
2 Cf. Le comité de rédaction,
* Nos problèmes
+, Education physique et sport, nE 9 (1952) : 47.
3 Que nous abordons
uniquement de manière incidente.
4
* L=éducation physique, en ce
qu=elle est au premier chef
action, se doit d=obtenir un certain rendement
+, Pierre Parazols ,
* L=estimation des capacités
physiques
+, Education physique
et sport, nE 22 (1954) : 11.
5 Pierre Parazols ,
* Méthode nouvelle ou
nouvelles méthodes
+, Education physique et sport, nE 44 (1959) : 16.
6 Contre la logique du groupement chronologique
des élèves
* L=éducateur physique [Y] s=est vu conduit à faire un
tri
Y Il a découvert peu à peu
combien le décalage est grand entre les capacités des divers sujets de sa
classe. Il en est venu à individualiser son enseignement +. Pierre Parazols,
* Le contrôle en Education
physique
+, Education physique
et sport, nE 48 (1960) : 15.
7 Ce problème de la recherche de l=unité de la méthode est essentiel durant
cette période. Car après l=éclectisme instauré par les instructions officielles de 1945, les
acteurs de la communauté et les institutionnels essaieront dans un premier
temps de trouver l=unité
de méthode plus par un cadrage temporel de la leçon (partie construite, partie
fonctionnelle) que par une véritable unité des contenus. La gymnastique
suédoise, l=hébertisme et l=initiation sportive persistent en filigrane
derrière le
* construit + et le
* fonctionnel +. Les rapports complexes de l=éducation physique avec le sport, qui est
devenu dès les années 50 un enjeu social et politique fondamental, s=exprimeront de manière tronquée dans les
instructions de 1959, dont le caractère quasi anachronique sera réduit par les
textes de 1962 et de 1967 qui feront de la pratique sportive l=essentiel des contenus d=enseignement de l=EPS.
8 Jean Letessier,
* Table générale de cotation des performances athlétiques et barèmes pour
les examens sportifs
+, Education
physique et sport, nE 79
(1966) : 18.
9 G. Colo,
*
Normalisation
+, Education physique
et sport, nE 28 (1955) : 44.
10 Henri Talbot,
* Propos introductif à l=article de Jean
Letessier, Les performances sportives et leurs classements
+, Education physique
et sport, nE 29 (1956) : 3.
11
* Certains ne veulent devoir ce portrait qu=à leur talent. Ils comptent
sur la sûreté de leur coup d=œil, sur l=infaillibilité de leur
jugement, sur la richesse de leur expérience
+. Pierre Parazols,
*
Le contrôle en éducation
physique
+, Education physique et sport, nE 48 (1960) : 16.
12 Pierre Parazols,
* L=utilisation des
installations
+, Education physique et sport, nE 13 (1952) : 33.
13 Cette thèse à la fois gnoséologique et
ontologique qui fait du nombre la chose même est ancienne. Elle est déjà
présente chez les présocratiques et surtout chez Platon. Cf, le livre VII de La
République.
14 Pierre Parazols,
* Les groupes homogènes
+, Education physique et
sport, nE 27 (1955) : 11.
15 Pierre Parazols,
*
Le contrôle en éducation
physique
+, Education physique
et sport, nE 48 (1960) : 16.
16 Georges Hébert, Le
code de la force (Paris : Vuibert, 1911).
20 Cf. J.-L. Dupuy,
* ce système devait
permettre de réduire le plus possible les écarts entre les performances
>isolées= et les performances
parcours
+. J.-L.Dupuy,
* Les parcours contrôlés
+, Education physique
et sport, nE 55 (1961) : 15.
22 Pierre Parazols,
* Groupes de valeur
physique et parcours-épreuve
+, Education physique et sport, nE 3 (1950) : p.26.
23
* Le choix des épreuves de classement et leur cotation
ont été souvent et sont encore remaniés, à la recherche d=une perpétuelle
amélioration +. Lucienne Boutin,
* Les groupes d=aptitude homogènes au
lycée Marie-Curie
+, Education physique et sport, nE 52 (1960): 11.
24 Jean Letessier,
* Apprécation de la valeur physique
+, Education physique et sport, nE 38 (1958) : 50.
25 Voir Pierre Pierre Parazols,
* Groupes de valeur physique et
parcours-épreuve
+, Education
physique et sport, nE 3
(1950) : 24-26 et Paul Chauchureau,
* Le parcours de sport collectif
+, Education physique et sport, nE 37, (1957) : 22-23.
26 Lucienne Boutin, op. cit., 11.
27 Alfred Binet, Echelle métrique de l=intelligence (Paris : Société
pour l=étude psychologique de l=enfant, 1905).
28 Ovide Decroly, Raymond Buyse, Introduction à la pédagogie
quantitative (Bruxelles : Lemartin, 1929).
29 Henri Wallon, Principes de psychologie
appliquée (Paris : Armand Colin, 1930).
30 Gaston Mialaret, L=éducateur et la méthode des tests (Paris : Ed. Scarabée, 1953) ;
Jean-Marie Faverge, Introduction aux méthodes statistiques en psychologie
appliquée
(Paris : PUF, 1950).
31 Ovide Decroly, Raymond Buyse, op. cit.,
18.
32 Henri Wallon, op. cit., 70.
33 Carmichael affirme au début de l=ouvrage ses positions
théoriques :
* Ce livre est une démonstration claire que dans la
psychologie de l=enfant, la période spéculative est révolue définitivement.
De nombreuses acquisitions pratiques aussi bien que théoriques ont été le
résultat de l=étude empirique de la
croissance de l=esprit humain. Il sera
clair que pour le lecteur de ces chapitres on est parvenu à formuler des
hypothèses concernant de nombreux aspects spécifiques du développement mental.
Les hypothèses ont été, en de nombreux cas, éprouvées en laboratoires ou dans
ces situations sociales contrôlées et quantifiables. Les conclusions ainsi
atteintes sont très différentes des vagues théories verbales de l=ère préscientifique de la
psychologie de l=enfant
+. Leonard Carmichael L, Manuel de psychologie de l=enfant (Paris : PUF,
1952), XVII.
34 Ovide Decroly, Raymond Buyse, op. cit.,
10.
35 Georges Canguilhem, Le normal et le
pathologique (Paris : PUF, 1966).
36 Cité par Parazols, Education physique et
sport, nE 22 (1954) : 11.
38 Georges Canguilhem, Le normal et le
pathologique (Paris : PUF, 1966), 102.
39 Canguilhem, op.cit., 98.
40 Parazols cite en effet Leonard Carmichael
dans
* L=estimation des capacités
physiques
+, Education physique
et sport, nE 22 (1954) : 11.
41 Pierre Parazols,
* L=estimation des capacités
physiques
+, Education physique
et sport, nE 22 (1954) : 12.
43 Il n=y a pas de mesures négatives pour
les performances athlétiques.
44 Dans une distribution gaussienne, les données
se distribuent équitablement de part et d=autre de la moyenne.
45 Jean Letessier, op. cit.,10.
46 Jean Letessier,
* Barème de cotation
+, Education physique
et sport, nE 67 (1963), Préface.
47 Pierre Parazols,
* Méthode nouvelle ou
nouvelles méthodes
+, Education physique et sport, nE 44 (1959) : 18.
48
* Cette prise en considération des
différences individuelles ne doit pas faire conclure, pour autant, à l=opportunité d=un traitement purement
individuel. Il s=agit de toute façon, de s=adapter aux possibilités
de chacun à travers le cadre collectif, de chercher un compromis entre le mode
collectif et le mode individuel d=enseignement +. Pierre Parazols,
* Les groupes homogènes
+, Education physique
et sport, nE 27 (1955) : 11.
49 Pierre Parazols,
*
Groupes et ateliers
+, Education
physique et sport, nE 8 (1951) : 12.
51 Pierre Parazols,
* Le groupe et l=équipe
+, Education
physique et sport, nE 6 (1951) : 12.
52
* Le groupe organisé est plus fortement motivé
dans la coopération +. Pierre Parazols, op. cit., 12.
53 Pierre Parazols, ibid., 12.
55 Lucienne Boutin, op.cit., 12.
56 Direction générale de l=organisation et des programmes
scolaires. Circulaire du 25 juin 1959. À noter que le texte de la circulaire
est repris comme exerg ue de l=article de Lucienne Boutin,
* Les groupes d=aptitudes physiques
homogènes au lycée Marie-Curie
+, Education
physique et sport, nE 52 (1960) : 10.
57 Jean Letessier,
* Pentathlon athlétique et
appréciation de la valeur physique
+, Education physique et sport,
nE 44 (1959) : 19.
58 Pierre Parazols, Parazols,
* Méthode nouvelle ou nouvelle méthode ?
+, Education physique et sport, nE 44 (1959) : 16.
59 Brevet Elémentaire du Premier Cycle des
collèges.
61 Roger Marchand,
* L=inspecteur pédagogique et
la leçon d=éducation physique et
sportive
+, Education physique
et sport, nE 70 (1964) : 10.
64 Georges Colo,
* Normalisation
+, Education physique et
sport, nE 28 (1955) : 44.
65 Pierre Parazols,
* L=estimation des capacités physiques
+, Education physique et sport, nE 22 (1954) : 13.
66 Pierre Parazols,
* Méthode nouvelle ou nouvelle méthode ?
+, Education physique et sport, nE
44 (1959) : 16.
67 Jean Letessier,
* Table générale de
cotation des performances athlétiques et barèmes pour les examens sportifs
+, Education physique
et sport, nE 79, (1966) : 18.
68 Jean Pinturault,
*
Leçons d=éducation physique
+, Education physique
et sport, nE 52 (1960) : 19.
69 Constatant
* l=insuffisance des épreuves
cotées athlétiques +, Le Boulch souligne : * Lorsqu=un élève a progressé dans
une de ces épreuves d=une année à l=autre, la cause du progrès est très difficile à
déceler. Est-ce parce que cet élève a grandi, est devenu plus lourd, plus fort,
plus adroit, ou bien est-ce parce qu=on lui a enseigné une
*recette + particulière lui
conférant un nouveau savoir-faire. + Jean Le Boulch,
* Esquisse d=une méthode rationnelle
et expérimentale d=éducation physique
+, Education physique
et sport, nE 57 (1965) : 36.
70 Instructions du 20 juin 1959. Ces moyens
* non corporels + sont : la lecture
sportive, les films et commentaires, et de nombreux thèmes théoriques : l=histoire du sport, les
grands explorateurs, la place du sport dans la nation, le secourisme etc.
71 Pierre Parazols,
*
L=utilisation des
installations
+, Education physique
et sport, nE 13 (1952) : 34.
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