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Shenwen Li. Stratégies missionnaires
des jésuites français en Nouvelle-France et en Chine au XVIIe
siècle. Paris et Québec: L=Harmattan et Les Presses de l=Université Laval, 2001. Coll. InterCultures, 380 p.
Dans des articles parus en
1996 et 1998, Dominique Deslandres avait amorcé un travail comparatif au sujet
des missions de la Nouvelle-France. D=une
part, elle avait mis en parallèle les stratégies missionnaires déployées dans
les missions intérieures de la France et celles utilisées, à la même époque,
dans les missions amérindiennes; d=autre
part, elle avait comparé les stratégies missionnaires mises en œuvre auprès des
Amérindiens, en Amérique du Nord, par les Anglais et les Français. Dans le
présent ouvrage, Shenwen Li ajoute une pierre à ce chantier comparatif dans le
domaine des missions au XVIIe siècle. Cette fois-ci, il tente d=établir une comparaison entre deux
univers fort contrastés, le monde amérindien et la civilisation chinoise, deux
univers où des jésuites français ont œuvré au XVIIe siècle, bien que
les périodes correspondant au sommet de leur activité dans ces deux mondes ne
coïncident pas exactement.
Pour conduire ce travail comparatif, l=A. construit son ouvrage de manière assez
classique. Une première partie (un chapitre) s=intéresse aux missionnaires jésuites : les
origines, la structure hiérarchique et les règles de la compagnie, la formation
des membres, l=implantation de la compagnie en France et
la préparation aux deux missions d=outre-mer
qui nous intéressent ici. Peut-être n=a-t-on
pas porté ici une attention assez grande au contexte plus large : le
catholicisme post-tridentin et l=évolution
rapide de la réflexion missiologique dans l=Église catholique au moment où on institue la Propaganda
fidei. Cela n=est pas neutre, surtout pour un ordre tel
celui des jésuites tout entier dévoué aux volontés pontificales et de sa cour.
Cela n=est pas sans intérêt non plus. En effet,
l=évolution rapide de la pensée
missiologique à cette époque peut conditionner les différences de stratégies
observées, puisque les missions en Amérique du Nord et en Chine connaissent
leur âge d=or à des périodes différentes : la
première partie du XVIIe siècle en ce qui a trait à la
Nouvelle-France (spécialement de 1632 à 1650) et au cours de la deuxième moitié
de ce siècle, en Chine (spécialement de 1687 à 1717). Ce décalage, au moment où
la pensée missiologique est en pleine évolution, n=est probablement pas anodin.
La deuxième et la troisième
partie construisent deux tableaux symétriques. Le premier volet de ce diptyque
(trois chapitres) est consacré aux missions jésuites en Nouvelle-France alors
que le deuxième, construit de manière exactement parallèle, présente les
missions jésuites dans l=Empire du Milieu (trois chapitres
également). Si l=on décrit de manière satisfaisante les
sociétés dans lesquelles se déploieront l=œuvre évangélisatrice (la société amérindienne au
chapitre II et la société chinoise au chapitre V), on est sans doute
insuffisamment sensible à d=autres dimensions qui ne sont pas neutres
au regard des stratégies missionnaires adoptées : les cadres politiques,
le cadre géographique (climat, densité de population, distances, etc.), le
cadre politique local et géopolitique (société coloniale et concurrence
Anglais-Français en Amérique du Nord), le contexte ecclésial (les essais
missionnaires antérieurs à l=arrivée des jésuites auprès des mêmes
populations, la concurrence entre les jésuites portugais et français en Chine),
etc. Car, ce qui détermine les stratégies, ce ne sont pas seulement les
sociétés rencontrées par les missionnaires, mais aussi tous les autres
déterminants dans lesquels s=inscrit leur mission. En somme, on n=a pas que des missionnaires en présence
de sociétés à * évangéliser +, mais des missionnaires inscrits dans des jeux et
des enjeux politiques, dans des contextes ecclésiaux, des géographies, etc. De
plus, il serait intéressant d=examiner les hésitations et les
discussions quant aux stratégies, aux méthodes et aux projets missionnaires à
adopter plutôt que de trop fixer les choses. En fait, même chez les jésuites
français en Nouvelle-France, il y a des tensions entre différents projets
missionnaires possibles et toutes ces stratégies sont ouvertes à des évolutions
commandées par des évolutions de contexte. La réduction et le séminaire ne sont
pas les seules stratégies en présence.
La dernière partie (quatre
chapitres) s=intéresse aux réactions des Amérindiens
et des Chinois : les résistances et les oppositions, les conversions * à demy +, les phénomènes syncrétiques (quoique ce concept
doive être utilisé avec beaucoup de précautions) et les * vrays chrestiens +.
La force de cette recherche,
conduite suivant l=approche ethnologique, est de faire appel
à des sources chinoises peu mises en valeur dans les études occidentales sur
les missions chinoises. Cette étude, richement documentée, incitera peut-être d=autres chercheurs à entreprendre des
recherches comparatives sur les missions. Déjà, Paul-André Dubois a mis en
relation plusieurs stratégies missionnaires en usage dans les missions
amérindiennes du nord avec celles qui avaient été expérimentées en Amérique
méridionale. La recherche est donc à poursuivre.
Gilles Routhier
Faculté de théologie et de sciences
religieuses
Université Laval
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