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Claude Corbo (avec la collaboration de Jean-Pierre
Couture). Repenser l=école. Une anthologie des débats sur l=éducation au Québec de 1945 au rapport
Parent. Montréal,
Les Presses de l=Université de Montréal, 2000. 667 p.
Claude Corbo (avec la collaboration de Marie
Ouellon). L=idée d=université. Une anthologie des débats sur
l=enseignement supérieur au Québec de 1770
à 1970. Montréal,
Les Presses de l=Université de Montréal, 2001. 377 p.
Claude Corbo est un intellectuel engagé
et une figure marquante de l=éducation au Québec. À la fois acteur et
analyste, il a été tour à tour réformateur, professeur, recteur, essayiste et
il continue de participer à de nombreux débats et groupes de travail ou de
réflexion. Sa passion pour l=éducation d=aujourd=hui
et d=hier, il la partage avec son lectorat par
le biais d=une production abondante et fructueuse.
Ces dernières années, Claude Corbo, avec l=aide de précieux collaborateurs, s=est en fait donné comme mandat de
rappeler à la mémoire le riche passé historique québécois. Avec l=aide de précieux collaborateurs, il a
publié plusieurs anthologies, sur la pensée politique et les collèges
classiques notamment. Un quatrième ouvrage du genre vient d=ailleurs de paraître en 2002: L=éducation pour tous, une anthologie du
rapport Parent. Dans le cas présent, deux volumes
retiennent notre attention plus particulièrement. Le premier ouvrage recensé
ici, Repenser l=école, retrace les débats marquants de l=histoire éducationnelle pendant la
période de 1945 aux années 1960. L=objectif
initial de Claude Corbo était alors de rassembler et de rendre accessible * un ensemble de textes permettant de
connaître les origines et de mieux comprendre les caractéristiques les plus
importantes d=une transformation sociale, politique et
culturelle majeure dans l=histoire du Québec + (Corbo, 2000, p. 14). À travers plus de
soixante-dix courts textes, que l=on
pourrait qualifier d=inspirateurs ou de fondateurs, pour
reprendre les mots de l=auteur, se profilent ainsi des groupes de
pression, des penseurs, à la fois auteurs et acteurs marquants de leur époque
respective.
L=anthologie s=intéresse particulièrement à quatre thèmes
principaux qui ont servi de cadre à la sélection des textes, textes ensuite
présentés selon un ordre chronologique. Sont ainsi abordées les dimensions
philosophique, politique et pédagogique de l=éducation de même que la question de la
confessionnalité scolaire. Les propos vifs et la pensée alerte de plusieurs
auteurs réjouissent - c=est le cas en particulier des textes
signés par André Laurendeau, Marcel Rioux et Arthur Tremblay-alors que certains
textes - tels ceux de Lionel Groulx ou ceux publiés par la revue Relations
dans les années 1940 - apparaissent en comparaison bien frileux. Le débat sur
la pertinence et le renouvellement des humanités classiques, que Claude Corbo a
bien mis en avant-plan, accapare une bonne part des textes choisis. On
pourrait reprocher à l=auteur d=avoir trop favorisé ce sujet de prédilection mais c=est oublier que la question de la
pertinence et de l=adaptation du cours classique est
incontournable. Elle a été au cœur des préoccupations des élites québécoises
et des principaux acteurs de la scène éducative et marqué, à travers les
époques, les idéologies dominantes.
Le second ouvrage de Claude Corbo, L=idée d=université, est composé d=écrits portant sur l=enseignement universitaire durant la période 1770 à
1970. * L=anthologie veut mettre en lumière des documents qui
ont contribué à un débat public sur l=idée
d=université, qui ont cherché à propager
une vision de l=institution et qui ont influencé la prise
de décision dans les affaires universitaires + (Corbo, 2001, p. 10). Même si la période à l=étude est beaucoup plus étendue, le
propos est plus circonscrit que dans l=anthologie
précédente, les textes plus anciens étant moins nombreux que ceux d=une époque plus contemporaine. Le fait
d=avoir privilégié une thématique
spécifique a cependant l=avantage de mieux couvrir les diverses
facettes du sujet. Les nombreux points de vue exprimés par des prêtres, des
frères éducateurs, des universitaires laïcs, des journalistes, etc. démontrent
avec éloquence la richesse des conceptions éducatives alors présentes au sein
de la sphère politique et sociale québécoise.
Malgré une certaine redondance dans l=expression des conceptions de l=université, et une quasi intemporalité de
l=idée même d=université, l=anthologie présente néanmoins des moments de rupture
importants, telles les années 1920 par exemple, et des acteurs qui ont exprimé,
au fil des ans, des idées fort novatrices. On peut penser à Édouard Montpetit,
à Marie-Victorin, à Esdras Minville, pour ne nommer que ces quelques figures
marquantes, ou encore, plus près de nous, à Guy Rocher dont l=analyse, datant de 1969, est toujours d=une grande actualité. À travers ces
différents textes, Claude Corbo soutient que cinq grandes formes ou conceptions
de l=université sont apparues au fil des
décennies : 1- l=idée théologique, associée principalement
à l=Église catholique; 2- l=idée humaniste, à contenu culturel et
scientifique; 3- l=idée fonctionnelle, de conception
utilitariste; 4- l=idée utopique, à contre-courant des
conceptions dominantes; 5- et, enfin, l=idée révolutionnaire de l=université, une conception radicale et en rupture
complète avec l=impérialisme et * le complexe militaro-industriel (Y) contre la recherche vouée à accroître l=efficacité de l=industrie et des machines de guerre + (Corbo, 2001, p. 20). Bien sûr, ces
divers courants de pensée n=ont pas eu le même poids et la même influence
à travers le temps, certaines visions éducatives étant même restées plutôt
marginales, telle l=idée révolutionnaire de l=université par exemple. Cependant, la
typologie utilisée et le choix des textes effectué par Claude Corbo ont le
mérite de bien mettre en évidence toute la palette des points de vue exprimés.
De même, l=anthologie prouve bien que les débats sur
les finalités de l=université par rapport au marché du
travail, aux impératifs économiques, à la formation fondamentale et à la
dimension critique ne sont pas l=apanage
de la seule période actuelle, loin de là.
En somme, malgré le caractère restrictif
imposé par le matériau et le fait qu=une
anthologie n=est jamais neutre par définition puisqu=elle procède d=une sélection, les grandes questions entourant l=éducation sont bien représentées dans les
deux anthologies de Claude Corbo. Certains déploreront le caractère peut-être
partiel du tableau peint par le chercheur et regretteront que des aspects aient
été moins mis en lumière, que peu de place n=ait été accordée à certains groupes d=acteurs (tels les frères enseignants)
comparativement à d=autres protagonistes qui, au contraire,
reviennent de façon récurrente exprimer leur position. De même, on pourra
considérer que certains éléments des débats sont répétitifs et que d=autres informations historiques sont
beaucoup moins exploitées.
Toutefois, ces quelques réserves n =empêchent pas d=apprécier la démarche de l=auteur et le grand intérêt des travaux de Claude
Corbo. Pour la communauté historienne, souvent portée vers une certaine
spécialisation, ce sera l=occasion de remettre en perspective les
diverses positions exprimées, d=avoir une vision globale de cette
évolution historique. Pour un public plus vaste, les textes colligés
rappelleront à la mémoire la multiplicité, les nuances et la diversité des
points de vue sur l=éducation ainsi que des dimensions du
passé éducatif souvent occultées de nos jours. Il s=agit donc d=une
belle opportunité d=appréhender la réalité historique
directement, soit par les acteurs qui ont façonné l=évolution de l=éducation et de la société québécoise. Claude Corbo
continue ainsi de jouer un important rôle en éducation en faisant connaître au
plus grand nombre la richesse de son histoire.
Marie-Josée Larocque
Université Laval
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