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Les Sœurs Grises à l=Université de Montréal, 1923-1947 : de la gestion
hospitalière à l=enseignement supérieur en nursing[1]
Esther Lamontagne et Yolande Cohen
Cet article présente le
rôle des Soeurs Grises dans le développement d=un enseignement
universitaire du nursing au Québec. À travers le dépouillement de leurs
archives et celles de la Faculté des sciences infirmières de l=Université de Montréal,
les auteures analysent les processus qui ont conduit à la formalisation de
cette discipline. Elles notent le transfert des savoirs pratiques, que les
Soeurs Grises ont acquis comme gestionnaires dans les grands hôpitaux du pays,
en savoirs théoriques indispensables à l=établissement d=une science du nursing.
Ce faisant, les Soeurs Grises s=engagent également dans un processus de laïcisation
du soin, tout en affirmant son lien irrévocable avec les approches
catholiques. Ainsi se dégage un modèle de soins qui apparaît comme l=élément structurant de l=organisation
hospitalière, et qui résiste aux transformations multiples du champ sanitaire
de la période de l=après-première guerre. De plus, en lien avec d=autres travaux, on
souligne l=importance de ce modèle
et sa persistance dans le système d=éducation et de santé, malgré le
mouvement de démocratisation et de laïcisation des années 1970.
This article presents
the role of the Grey Nuns in the development of the teaching of nursing in
Quebec universities. The authors analyze the processes which have led to the
formalization of this discipline through the examination of their archives and
those of the Faculty of Nursing Science of the Université de Montréal. They
reveal the transfer of practical knowledge that Grey Nuns have acquired as
administrators in the major hospitals of the country to theoretical knowledge
which is essential to the establishment of nursing as a science. In this
manner, the Grey Nuns have also been involved in the process of secularization
of health care while confirming their irrevocable tie to Catholic
methodologies. Thus emerges a model of care as the structural element of
hospital organization resisting the multiple transformations in the health care
field in the period following the First World War. Furthermore, in relation to
other works, the importance of this model is highlighted as well as its
continuance in the educational and health care system in spite of the
democratization and secularization movement in the 1970s.
Au début des années 1920, les Sœurs
Grises de Montréal établissent à l=Université
de Montréal des cours de formation professionnelle supérieure pour des femmes
francophones et catholiques, au moment où les portes des facultés
traditionnelles des Arts et Lettres leur sont pratiquement fermées[2]. On pourrait considérer l=entrée de ces femmes à l=université comme un des moments où l=interdit qui pesait sur elles dans le
monde de l=éducation supérieure commence à être
levé, même si ce n=est que pour une petite minorité d=entre elles. Pourtant, les études sur l=histoire de l=éducation au Québec parlent peu du rôle des Sœurs
Grises dans ce processus lent et chaotique que constitue l=entrée des femmes à l=université. Certes, on connaît souvent le
nom des premières femmes médecins ou avocates. Mais, que sait-on des premiers
grands contingents de femmes qui entrent à l=université et des programmes dits féminins, comme le
nursing précisément, dans lesquels elles s=inscrivent? Certains chercheurs qui se sont penchés
sur la question de l=éducation des filles et sur l=histoire des professions paramédicales
ont montré que cette question est largement dépendante des rapports de pouvoir
entre l=État et l=Église et, plus tard, des ordres professionnels dont
les femmes restent longtemps exclues. Ainsi, dans leurs travaux, Nadia Fahmy-Eid, Nicole Laurin
et Marta Danylewicz ont souligné l=importance des rapports de
genre entre les communautés religieuses d=hommes et de femmes. Elles
ont aussi mis en évidence des rapports de domination au sein des communautés de
femmes, notamment chez les hospitalières[3]. Dans ce contexte, Nadia
Fahmy-Eid et ses collaboratrices notent l=ambivalence des stratégies
déployées par de nombreuses communautés pour développer l=éducation supérieure en
diététique et en physiothérapie[4].
Une sorte de tabou semble
planer sur la question de la nature des savoirs féminins (compris comme un
ensemble de compétences attribuées aux femmes) dans le système d=éducation. De nombreuses
féministes considèrent la question de savoirs propres aux sexes masculin ou
féminin comme un essentialisme (ou une naturalisation des savoirs) qu=elles récusent. C=est pourquoi ces dernières
hésiteront à inclure le développement des professions féminines comme des
victoires féministes. Plus récemment, d=autres féministes ont cherché
à souligner la contribution féminine ou maternaliste des mouvements
philanthropiques, en particulier ceux qui ont conduit à l=ouverture de véritables
bastions féminins dans des institutions qui leur étaient totalement fermées[5]. Le développement d=une éducation supérieure en
nursing en est un bon exemple. Comment s=est développé ce processus
qui s=inscrit
dans l=historiographie
de l=éducation
des femmes[6]? En quoi l=enseignement du nursing à l=université revêt-il une
importance particulière pour l=histoire
des femmes et pour l=histoire
de l=éducation?
Le renouvellement des travaux
sur l=histoire
du soin introduit d=autres
éléments dans l=analyse
de la profession infirmière, en particulier en ce qui concerne le rôle de la
formation supérieure dans le développement professionnel.[7] Les perspectives de genre, de classe et
d=ethnie adoptées dans ces
travaux permettent de souligner le rôle des communautés religieuses dans la
structuration du système de santé dans les sociétés occidentales à majorité
catholique, mais aussi à majorité protestante, et dans la prééminence,
en leur sein, de l=institution
hospitalière. Des travaux récents nuancent considérablement les analyses qui
attribuaient à la seule Florence Nightingale l=implantation du nursing
moderne, en donnant davantage de crédit aux communautés religieuses catholiques
qui lui ont préparé le terrain[8].
Dans cette perspective, l=analyse du rôle des Sœurs
Grises de Montréal dans le développement d=une formation supérieure en
nursing, à laquelle nous nous livrons dans ce texte, permet de mieux comprendre
l=ampleur des réformes qu=elles ont initiées, tant au
plan local qu=au
plan international. Avec les premiers cours supérieurs en nursing à l=Université de Montréal,
établis dès 1923, les Sœurs Grises se taillent une place privilégiée dans l=éducation supérieure au
Québec. Il en résultera la création d=une faculté de nursing autonome en 1962, tandis que la McGill
School of Nursing reste affiliée à la faculté de médecine, comme c=est le cas à l=Université Laval et à l=Université de Toronto.
En même temps, et ce sera le
second volet de cet article, ces mêmes Sœurs Grises constituent un ensemble de
savoirs et de connaissances pour fonder une nouvelle discipline académique. Quels
sont ces savoirs, et en quoi sont-ils liés aux savoirs féminins? Quelles
stratégies ont-elles déployées pour les faire reconnaître comme une discipline
à part entière? Comment cette brèche ouverte dans le bastion académique a-t-il
permis l=établissement
d=une nouvelle discipline? Quel
rôle les Sœurs Grises jouent-elles dans le développement des sciences
infirmières au Québec? Telles sont les questions auxquelles cet article tente
d=apporter des réponses à
partir de l=étude
circonstanciée de l=histoire
du nursing à l=Université
de Montréal.
Les Sœurs Grises de Montréal
font partie d=un
groupe plus large de communautés sulpiciennes d=hospitalières, qui comprend,
notamment à Montréal, les Sœurs de la Providence et les Religieuses
Hospitalières de Saint-Joseph[9]. Comme quelques autres
communautés, elles fondent des hôpitaux et oeuvrent au sein d=un important réseau d=institutions au Canada et aux
États-Unis. Contrairement à leurs consoeurs de la Providence et de St-Joseph
(qui sont restées attachées à un hôpital, l=Hôtel-Dieu), elles ont fondé
et pris en charge plusieurs hôpitaux, dans un périmètre qui s=étend à toute l=Amérique du Nord. Ainsi, à
Montréal, elles agissent très tôt à l=Hôpital général et assument la gestion de l=Hôpital Notre-Dame (1880). Ailleurs
au Québec, elles dirigent l=Hôpital
Saint-Roch (1885), l=Hôpital
Sainte-Camille (1885), l=Hôpital
St-Jean (Haut-Richelieu (1895), l=Hôpital Saint-Paul (1905), l=Hôpital St-Marys (1930) et l=Hôpital Pasteur (1932). Dans
l=Ouest canadien, on les retrouve à la tête de grands
hôpitaux au Manitoba, en Alberta et en Saskatchewan, et aux États-Unis, dans
les États de l=Ohio,
du New Jersey et du Massachusetts[10]. Ce vaste ancrage
institutionnel différencie les Sœurs Grises des autres groupes hospitaliers qui
partagent la pratique de l=accueil,
du refuge, des soins et de la formation infirmière. Il doit être donc être
considéré comme une motivation importante chez les Sœurs Grises pour développer
l=éducation supérieure en
nursing.
La gestion des soins
infirmiers, plutôt que la pratique soignante elle-même, agit-elle donc comme
moteur du développement académique et scientifique en soins infirmiers? Cette
hypothèse mérite d=être
considérée pour le cas franco-catholique, surtout que l=entrée des infirmières
protestantes à l=université
s=est produite différemment,
sous la poussée du mouvement hygiéniste. Ainsi, c=est par les programmes d=hygiène publique que les formations
infirmières sont entrées aux Universités McGill, British-Colombia, Toronto,
etc. Ce sont d=ailleurs
ces mêmes pionnières de l=hygiène
qui prennent l=initiative
de la formalisation des savoirs infirmiers hospitaliers et rédigent les
premiers manuels de nursing en anglais. Mentionnons Bertha Harmer, directrice
de l=École
de McGill de 1928 à 1934, qui a publié ses premiers travaux, Text-Book of
the Principles and Practice of nursing (New York, MacMillan), dès 1922,
tandis que le premier manuel de nursing en français de niveau universitaire ne
paraît qu=en
1947. De même, l=implantation
d=un programme de baccalauréat
en nursing à l=Université
McGill a lieu en 1957, alors que, dans le réseau catholique, il démarre en
1962. C=est
aussi le secteur de la santé publique (plus précisément la santé communautaire)
qui donne le ton au mouvement d=institutionnalisation
de la recherche scientifique à l=Université McGill, avec son célèbre * McGill Model + développé par Moyra Allen[11]. On ne peut faire ici l=étude de cette
différenciation entre les démarches protestantes et catholiques dans les
univers académiques. La variable religieuse prend néanmoins tout son sens,
croyons-nous. En particulier, peut-on déceler un modèle franco-catholique de
soins et de savoirs infirmiers lié au pouvoir que les religieuses détiennent
dans les institutions hospitalières? À l=Université de Montréal, nous
l=avons vu dans un ouvrage
récent, ce sont l=administration
et l=enseignement
des soins infirmiers, puis les spécialités cliniques (les soins
post-opératoires par exemple), qui fournissent la base des premières recherches[12], et ce, même si la première
doyenne nommée à la Faculté de Nursing, Alice Girard, provient du secteur de l=hygiène. C=est dire que l=héritage des pionnières
marquera les programmes et recherches des universités.
Toutes ces questions nous ont
conduites à mener notre enquête sur le rôle des Sœurs Grises dans le
développement de l=enseignement
supérieur en nursing et sur les processus qui les ont menées à élaborer un
programme d=études.
L=analyse minutieuse des
contenus des programmes de formation supérieure en nursing à l=Université de Montréal
devrait nous permettre de mieux comprendre le rôle qu=ont joué les Sœurs Grises à
la fois dans le développement d=une
discipline et dans le déploiement d=un modèle franco-catholique de réforme ou de modernisation
du nursing. Plus que la question de l=accès (relatif) des femmes à l=université, on se demandera
quelle logique sous-tendait la mise en œuvre des premiers programmes d=études universitaires
exclusivement féminins.
On distinguera deux étapes
principales dans ce processus. Durant la première étape, les Sœurs Grises
visent à établir la légitimité d=une institution spécifiquement destinée à l=enseignement supérieur du
nursing et des programmes de formation professionnelle, avec la création de l=Institut Marguerite d=Youville (IMY) au sein de l=Université de Montréal. L=autre étape consiste à
asseoir la crédibilité des savoirs infirmiers et d=un programme propre, dans le
contexte d=après-guerre
où de nouveaux courants, en santé et en éducation, apparaissent déterminants.
Nous appuierons notre analyse sur les archives de l=IMY, dépouillées pour la
période durant laquelle Mère Virginie Allaire est aux commandes, soit de 1934 à
1947, et sur l=étude
approfondie d=un
important manuel de soins infirmiers, rédigé par quatre Sœurs Grises de cet
institut.
I- L=institutionnalisation
universitaire du nursing : un programme professionnel
Aux premières heures de la
constitution des écoles d=infirmières
au tournant du XXe siècle au Québec, et malgré les idéologies
charitables et féminines qui imprègnent la plupart des pratiques soignantes,
les programmes d=études
doivent être conformes aux critères établis par la médecine et la chirurgie sur
le territoire nord-américain[13]. La formation des
infirmières doit ainsi répondre aux besoins d=assistance en techniques et
thérapies médicales et chirurgicales. Il s=agit donc de changer les
paramètres d=enseignement
des soins existants, précédemment mis en place par les infirmières laïques et
protestantes du Canada et des États-Unis et par les communautés religieuses. Ces
enseignements, souvent donnés au sein des communautés religieuses, visaient la
formation spirituelle autant que l=apprentissage des soins. L=éducation personnelle,
désignée par Nightingale comme * character training +, des notions théoriques et l=apprentissage au chevet du
patient formaient la base des enseignements rédigés par des médecins, des
soignantes, des Hospitalières et des pionnières du nursing, britanniques,
américaines et anglo-canadiennes[14].
On connaît bien les
prescriptions d=assistance
au médecin, rédigées par des infirmières et des médecins britanniques et
américains, car elles ont été à l=origine des premiers programmes de formation infirmière
dans l=univers
hospitalier[15]. Inspiré par les idéaux du
mouvement hygiéniste, cet ensemble de savoirs a longtemps été considéré comme
la base de la réforme des soins infirmiers. Compte tenu des traditions propres
au milieu franco-catholique, il est intéressant de connaître les fondements des
enseignements qui y sont donnés de 1920 à 1947[16]. Nous verrons que les Sœurs
Grises de Montréal se distinguent d=emblée par leurs préoccupations en faveur d=un enseignement supérieur.
Gestionnaires, on l=a vu plus haut, de plusieurs
hôpitaux au Canada et aux États-Unis, les Sœurs Grises constatent l=importance du recrutement d=infirmières qualifiées tant
pour pourvoir aux soins que pour enseigner dans les nombreuses écoles d=hôpitaux. Exerçant souvent
dans des environnements protestants B dans les provinces canadiennes et les États américains B elles n=hésitent pas à rejoindre des
organisations professionnelles (souvent protestantes), acceptent le programme d=agrément proposé par les
élites médicales pour réformer les hôpitaux[17] et investissent dans le
perfectionnement de leurs membres les plus douées.
Leurs compétences d=administratrices
hospitalières et de soignantes, au Québec et dans les missions canadiennes,
sont reconnues. À Montréal, par exemple, les Sulpiciens les appuient et des philanthropes laïcs, qui seront les fondateurs
de l=Hôpital
Notre-Dame en 1880, les réclament. On requiert aussi les services d=Élodie Mailloux, qui a
collaboré à la fondation de l=école
de l=Hôpital
Saint-Vincent de Toledo en Ohio aux États-Unis, pour fonder la première école d=infirmières francophone au
Québec à l=Hôpital
Notre-Dame en 1898. C=est
d=ailleurs au sein de cet
hôpital, affilié à l=Université
de Montréal pour la formation des médecins, que le projet de donner aux
infirmières une formation universitaire prend forme.
À partir de 1915, l=appui de l=Association des hôpitaux
catholiques (AHC) à la réforme des hôpitaux proposée par le Collège américain
des chirurgiens en 1914[18] encourage les Sœurs Grises
dans leur décision de s=engager
dans le perfectionnement de leurs cadres. Dès 1917, les initiatives de la
maison mère pour encourager ses membres à assister aux congrès du réseau
hospitalier nord-américain et à étudier la question de la formation adéquate
des infirmières, et celles de Mère Virginie Allaire, qui fait appel à une
universitaire de la Colombie-Britannique, Ethel John[19], pour donner un cours d=été aux infirmières de Régina
en 1919, donnent le coup d=envoi
au perfectionnement universitaire au sein de la communauté.
Ainsi, les
Sœurs Duckett et Fafard sont-elles sélectionnées pour établir le programme de
formation en nursing à l=Université
de Montréal. Leur trajectoire est révélatrice. Diplômée de l=École de l=Hôpital Notre-Dame en 1899,
puis sa directrice, Sœur Duckett est nommée successivement à des postes de
direction dans l=Ouest,
à l=Hôpital
St-Vincent de Toledo et à l=Hôpital
Sainte-Croix, et devient, en 1923, responsable des hôpitaux que gèrent les Sœurs
Grises. Quant à Sœur Fafard, elle a obtenu un diplôme de l=École de l=Hôpital Notre-Dame en 1907 et
a acquis une spécialisation en pharmacie à l=Université d=Ohio en 1915; puis elle a
occupé des postes de direction à Calgary, à Edmonton et à l=Hôpital Notre-Dame.
En 1923,
les premiers cours supérieurs pour infirmières sont établis à la Faculté de
médecine de l=Université
de Montréal. Ils sont fréquentés presque exclusivement par les Sœurs Grises. D=autres membres de communautés
religieuses hospitalières[20] et quelques infirmières
laïques s=y
inscrivent pour parfaire leurs notions d=administration, d=enseignement et de
diététique. Pour la première fois, des femmes sont admises dans le réseau
universitaire francophone catholique.
Elles
suivent un programme de cours spécialisés sanctionné par un certificat. Le
programme de 192 heures réparties sur 6 semaines est divisé en deux sections, l=une théorique (3 heures tous
les matins) et l=autre
pratique (dans les laboratoires et lors des visites dans les hôpitaux et
institutions, l=après-midi).
Le cours théorique porte sur de nombreux aspects : l=organisation d=une école de gardes-malades
(le personnel dirigeant, l=installation
ou habitation, les élèves, les registres ou dossiers et les rapports); les
différentes formes de services hospitaliers (l=hôpital privé, l=hôpital public, l=hôpital paroissial ou
hospice, l=hôpital
municipal ou d=isolement);
le rôle des gardes-malades dans les services, les dispensaires et les
laboratoires; les cours complémentaires (perfectionnement des directrices sur
les matières à enseigner dans les écoles d=hôpitaux : anatomie,
physiologie, hygiène sociale, chimie, bactériologie et diététique); la
vocation et la carrière de garde-malade (formation religieuse sur l=apostolat); la formation
éducationnelle et morale d=une
garde-malade; les principes généraux de pédagogie (comment appliquer ces
principes à l=enseignement
médical pour les femmes); l=étiquette
professionnelle (honneur professionnel); l=histoire hospitalière et
professionnelle. Le cours de diététique, d=une durée de 150 heures,
comprend une série de leçons théoriques et pratiques qui s=étendent sur une période de
six semaines. Le Dr P. Del Vecchio, spécialiste en alimentation rationnelle,
donne le matin une heure de conférence, laquelle est suivie d'une demi-heure de
discussion. Les directrices du cours conduisent les heures d'enseignement
pratique dans les cuisines de l=Hôpital
Notre-Dame. On donne aussi des conférences sur l'organisation du service des
diètes dans les hôpitaux[21].
Cette
première expérience n=a
duré que deux ans parce qu=interrompue
par le décès subi de Sœur Fafard. Elle a toutefois permis deux
réalisations : la création d=une revue professionnelle, La Veilleuse[22], et la poursuite du projet
de cours supérieur en soins infirmiers, avec l=appui de l=Université de Montréal. Pour
ce projet, la maison mère et l=Université
de Montréal retiennent les services de Mère Virginie Allaire, alors supérieure
provinciale à Saint-Boniface, afin de créer, établir et assurer la direction d=un nouveau cours qui prendra
son envol en 1934 et qui permettra d=établir de façon permanente le nursing à l=université.
De 1928 à
1934, les Sœurs Grises préparent leur programme, recrutent leurs
collaboratrices et forment leur personnel. Présentes dans l=institution universitaire et
solidement implantées dans le réseau hospitalier catholique canado-américain,
elles en utilisent rapidement toutes les ressources pour faire avancer leur
projet. Ainsi, membre du Conseil Exécutif de l=Association des hôpitaux
catholiques en 1929, Mère Virginie Allaire représente le Canada au comité de
rédaction de la revue Hospital Progress, participe à l=établissement de Conférences
canadiennes de l=AHC
(Ontario, Prairies), et fonde la conférence de Québec en 1932[23].
Grâce à l=appui des médecins de la
Faculté de médecine et à la suite d=une négociation menée avec succès auprès de la direction de
l=université, les Sœurs Grises
fondent en 1934 l=Institut
Marguerite d=Youville
(YMY), qui sera affilié à l=Université
de Montréal en 1936, et y établissent leur premier programme de * sciences
hospitalières +
sur le modèle professionnel qui allie arts libéraux et matières spécialisées.
Des
premiers cours spécialisés établis en 1923, afin de doter les hospitalières d=un certificat universitaire
reconnaissant officiellement leur compétence[24], au programme de
baccalauréat en sciences hospitalières créé en 1934, le chemin parcouru est
considérable. Les Sœurs Grises adaptent leurs enseignements à la perspective d=une éducation libérale et
professionnelle. Elles proposent une année de * matières collégiales + B enseignées en grande partie
par des Sulpiciens ou des Jésuites[25] B et une année de * matières
professionnelles +
au sein du programme de baccalauréat, même si l=une et l=autre peuvent mener à un
diplôme distinct. Ainsi, une étudiante peut s=inscrire dans un programme d=un an, suivre seulement les
matières collégiales ou les matières professionnelles, et recevoir un diplôme
de sciences hospitalières.
En
inscrivant dans leurs enseignements ces arts libéraux nécessaires à la
légitimation d=un
programme professionnel à l=université,
les Sœurs Grises se conforment aux principes qui guident l=inclusion des formations
professionnelles au sein de l=université
depuis la deuxième moitié du XIXe siècle au Canada. Ces arts
libéraux, ces matières *
collégiales +
comme les appellent les Sœurs Grises, que sont le latin, la géométrie, la
philosophie, la rhétorique et la religion, visent à doter les futures
professionnelles du soin des connaissances, du langage et du comportement
censés gagner la confiance d=une
classe bourgeoise et moyenne. Car les Sœurs Grises ont sans doute conscience
que les usagers de l=hôpital
sont ces classes privilégiées qui peuvent se payer les services professionnels
des hospitalières[26].
Durant l=année de * matières
professionnelles +,
les étudiantes inscrites au baccalauréat en sciences hospitalières à l=Institut Marguerite d=Youville doivent suivre
également des cours de sciences pures et biomédicales (chimie alimentaire,
physique et chimie, pharmacologie), des cours de sciences humaines (sociologie,
histoire), de gestion hospitalière (administration et organisation
hospitalières, direction d=école),
de pédagogie et d=élocution.
Pour
enseigner ces matières dites *
professionnelles +,
la communauté recrute en son sein des enseignantes sélectionnées parmi ses
membres les plus compétentes, formées en majorité dans des universités
catholiques américaines. L=équipe
est composée de six religieuses. Elle compte Sœur St-Louis, qui participe aux
enseignements des sciences. Forte d=une expérience de près de 11 ans dans les hôpitaux des Sœurs
Grises de l=Ouest
canadien, elle excellait, dit-on, comme organisatrice et surveillante des
salles d=opération.
Elle détient un baccalauréat en sciences de l'éducation des infirmières de
l'Université Saint-Louis. Sœur Barry, qui enseigne les sciences hospitalières,
possède le même profil : 11 ans d=expérience de direction, de supervision et d=enseignement dans les
hôpitaux des Sœurs Grises, notamment en Nouvelle-Angleterre, suivis d=un baccalauréat en sciences
de l'éducation des infirmières de l'Université Saint-Louis. Sœur Coderre, qui
enseigne la diététique, a cumulé les formations d=infirmières, d=enseignement ménager, d=agriculture et de diététique,
et a occupé les postes de supérieure, pharmacienne et directrice. En
plus d=enseigner
à l=IMY,
elle est diététicienne à l=Hôpital
Notre-Dame. Sœur Denise Lefebvre, qui se joindra à l=équipe en 1939, possède pour
sa part un baccalauréat ès arts, un baccalauréat en sciences de l'éducation des
infirmières de l=Université
St-Louis et une licence en nursing de l'Université catholique de Washington. Sur
Sœur Marie-Rose Lacroix, qui enseigne les sciences, on possède peu d=informations, si ce n=est qu=elle a dirigé l=école d=infirmières de
St-Jean-sur-Richelieu à partir de 1925 et qu=elle détient un baccalauréat
ès arts, auquel elle ajoutera une maîtrise en lettres[27].
Mère
Virginie Allaire, fondatrice et directrice de l=Institut Marguerite d=Youville de 1934 à 1947, mise
donc sur un programme professionnel et sur l=expertise pratique et
théorique de ses consoeurs pour établir le nursing comme discipline enseignée à
l=Université de Montréal. Les
Sœurs Grises réussissent à faire de leur programme en sciences hospitalières le
passage obligé pour la formation de la grande majorité des hospitalières des
hôpitaux franco-catholiques : sur 238 diplômées en sciences hospitalières
en 1955, les SG ont non seulement formé de nombreuses membres de leur propre
communauté (34,5 %), mais aussi des laïques (31,1 %) et plusieurs religieuses
appartenant à d=autres
communautés (34,4 %)[28]. Ces mêmes diplômées
occupent les postes d=hospitalières
(40 %), d=enseignantes
(16 %), de directrices d=écoles
d=infirmières, et de
directrices et d=assistantes
directrices du nursing (13 %)[29]. La formation supérieure en
nursing connaît donc un véritable succès auprès des communautés religieuses qui
saisissent l=occasion
de doter leurs membres de diplômes supérieurs leur permettant d=occuper des postes de
direction.
Ainsi, les
Sœurs Grises ont réalisé la première étape de leur ambitieux projet, celle de l=institutionnalisation d=une formation supérieure en
nursing à l=Université
de Montréal. Elles ont fait de leur programme un incontournable pour la
formation en nursing de toutes les communautés hospitalières franco-catholiques
au Québec. Elles doivent cependant affronter des groupes d=intérêt puissants et des
spécialités biomédicales en pleine mutation. Ainsi, ayant réussi à intégrer au
programme de nursing une formation en gestion et éducation hospitalières, les
Sœurs Grises tentent aussi d=inclure
l=option diététique dans le
programme. Leur projet suscite l=opposition de la direction de l=université. Rapidement,
cette spécialité n=apparaît
plus comme relevant de leurs compétences et devient, en 1941, une discipline
universitaire enseignée à la Faculté de médecine de l=Université de Montréal.
Doit-on
pour autant faire des distinctions entre les éléments techniques et
scientifiques de la démarche du soin? Quand et comment certaines connaissances
et pratiques sortent-elles du giron du nursing? L=introduction des sciences
humaines dans l=enseignement
du nursing marque-t-elle, comme le souligne Nadia Fahmy-Eid, un niveau plus
avancé dans l=avènement du care[30]?
C=est ce que nous tenterons de
comprendre en examinant la seconde étape de leur projet qui consiste à
développer des savoirs infirmiers propres aux enseignements en nursing. De 1934
à 1947, les Sœurs Grises s=engagent
dans la formalisation des savoirs infirmiers, une démarche qui aboutira, à plus
longue échéance, à la désacralisation et la dénaturalisation de l=exercice infirmier. En effet,
la diminution et même l=absence
marquée de références à la mission apostolique et féminine des infirmières
caractérisent cette nouvelle approche.
II- La formalisation des savoirs infirmiers
À la fin
de leur programme, les candidates au baccalauréat en sciences hospitalières
doivent produire un travail de recherche dirigé. Les titres des thèses et
travaux de recherches produits par les étudiantes de l=Institut Marguerite d=Youville entre 1934 et 1946
(40 au total)[31] indiquent les thèmes
privilégiés par les professeurs et les infirmières. Antérieures au développement
de la recherche scientifique universitaire en nursing qui s=amorce à la fin des années
1960, ces données confirment les
orientations du nursing autour de trois thèmes principaux : la formation
infirmière, l=administration
de l=hôpital
et les soins aux malades.
La
formation infirmière dans le système hospitalier inspire près de la moitié des
travaux réalisés. Le fonctionnement d=une école s=avère
l=objet principal des
recherches : on tente de comprendre et de mieux connaître le système
hospitalier francophone et catholique. Le système de formation infirmière est
comparé aux autres systèmes canadiens et analysé de façon systématique :
cours préliminaires, formation technique, formation en salle d=opération, formation théorique,
enseignement clinique, etc. On constate ainsi à travers ces travaux que la
formation devient avec le temps de plus en plus spécialisée : on distingue
la formation technique en nursing, en salle d=opération, en assistance
médicale, en hygiène, etc. Dans les années 1940, les études portent davantage
sur l=enseignement
clinique dans les départements de l=hôpital ou dans les secteurs de santé publique.
Le rôle
administratif et de direction de l=hospitalière[32] dans la distribution des
soins suscite aussi beaucoup d=intérêt
chez les futures bachelières. Dans leurs travaux, le caractère religieux de la
pratique des hospitalières transparaît. L=alimentation fait aussi l=objet de quelques travaux
pendant la période où les hospitalières enseignaient la diététique, soit avant
1941.
Le soin et
ses composantes techniques, thérapeutiques, morales et spirituelles, et son
objet, le malade hospitalisé, alimentent une recherche continue durant toute la
décennie 1940. Ainsi, il apparaît clairement que les Sœurs Grises calquent le
contenu de la formation qu=elles
donnent sur le rôle qu=elles
occupent dans les hôpitaux. Une formation générale pour l=administration et l=enseignement infirmiers au
niveau universitaire est, selon elles, la clé qui leur permettra de renforcer
la place des infirmières à l=université
et dans le système de santé. Toutefois, leur apport original réside dans la
formalisation de leur conception particulière des soins. C=est ce que l=on cherchera maintenant à
comprendre.
Le soin des malades :
principes et techniques
La volonté
de formaliser les savoirs infirmiers n=est certes pas propre à l=Institut Marguerite d=Youville. Les articles parus
dans les revues La Veilleuse (1924-1927) et La garde-malade
canadienne-française créée en 1928 ainsi les publications des hospitalières et des médecins
au sein de leurs institutions témoignent de cette tendance qui se généralise au
Québec[33]. Cependant, le statut
institutionnel que les Sœurs Grises ont acquis dans la formation supérieure des
infirmières leur permet de concentrer leurs efforts dans le domaine de l=éducation supérieure.
Le manuel Le
soin des malades. Principes et techniques, dont la rédaction est amorcée en
1944 et terminée en 1947 par les Sœurs Denise Lefebvre (à l=aube de sa nomination au
poste de directrice de l=IMY),
Adèle Levasseur, Germaine Dessureau et Flore Bellemare, illustre ce
développement. Ce manuel de 814 pages, tiré à 4 800 exemplaires[34] et dédié sans surprise à Mère Virginie
Allaire, *
sagace artisane de progrès dans le domaine hospitalier +[35], présente la synthèse des recherches
sur les soins hospitaliers et leur gestion[36]. Les références
scientifiques nationales et internationales abondent. Les auteures citent en
effet des articles rédigés dans l=American Journal of Nursing par des infirmières
américaines, des textes d=infirmières du réseau francophone et catholique publiés
dans les revues La garde-malade canadienne française, le Bulletin des
infirmières catholiques du Canada et dans le livre des Sœurs de la Charité
de Québec, ainsi que des textes de Bertha Harmer (directrice de l=École de nursing McGill de
1928 à 1934) et d=autres
infirmières canadiennes du réseau anglo-protestant dans The Canadian Nurse. Le
manuel fait aussi état de nombreux articles des revues Modern Hospital,
Hospital Progress et The Canadian Hospital et réfère également aux
travaux des médecins français Rudaux, Gley, Collet et Hédon[37], et à ceux de l=infirmière française Léonie
Chaptal[38]. Enfin, des références aux
travaux des médecins montréalais G. Hébert et L.K. Ferguson[39] et aux articles du Laval médical
sont également présentes. De fait, le manuel s=appuie sur un large éventail
de sources.
À l=instar des autres
congrégations franco-catholiques, les Sœurs Grises réitèrent dans ce manuel
leur conception religieuse du soin, vu comme le soulagement des misères
humaines pour l=amour
du Christ. Elles s=en
distinguent toutefois par l=intégration
de trois autres éléments empruntés aux infirmières du réseau anglophone
et laïque (notamment de l=Américaine
Isabel Hampton[40] et de la Canadienne Bertha
Harmer). D=abord, elles définissent les principes
fondamentaux, moraux, physiques, intellectuels et religieux de l=exercice infirmier, qui
régissent les soins et le comportement des soignantes. Ensuite, elles réaffirment l=importance de la * technique nursing + dont elles avaient déjà
esquissé les contours à la fin des années 1920. Dans leur évocation des
principes et des techniques, transparaît la relation humaine soignant / soigné,
avec la constante préoccupation des besoins des malades. C=est cette combinaison de
principes et de pratiques qui rend la production des Sœurs Grises originale et
qui constitue les bases multiples du savoir infirmier dans les institutions
francophones et catholiques. Cette approche est contemporaine du mouvement en
faveur de la jonction, voire la subordination de l=acte de foi, de la piété, à l=exercice pratique et
scientifique du soin à autrui chez les communautés religieuses, une perspective
que les praticiennes laïques ont conceptualisée plus tard à travers la notion
de soin holistique[41].
Les principes du savoir infirmier
Explicitement
et contrairement aux écrits de la période qui précède 1920, les Sœurs Grises
précisent les qualités nécessaires à l'exercice infirmier et en font un objet d=apprentissage et de compétence.
Ainsi, les principes fondamentaux qui sous-tendent l=acte du soin consistent à consoler et à
soulager l=être
humain souffrant. En formulant ainsi ces principes, les Sœurs Grises opèrent
une rupture radicale avec la vision féminine essentialiste et charitable du
soin. Ces notions ne sont donc plus considérées comme allant de soi pour
toutes les femmes, compte tenu des * qualités naturelles + de ces dernières et ne peuvent plus
être des caractéristiques personnelles[42]. Les Soeurs Grises rendent également
publics et objectifs les critères qu=elles utilisent dans le
processus d=évaluation
des postulantes[43]. Des considérations d=ordre moral, physique, intellectuel et religieux colorent
toutefois les compétences requises. On constate que certaines qualités morales
et physiques relèvent du discours courant sur la mystique de la femme
soignante.
Les qualités
morales (sympathie, bonté, grandeur d=âme, générosité de sentiments, désintéressement,
compassion, dévouement, gaieté, honnêteté et loyauté, obéissance et bonne
volonté à être dirigée et évaluée sur la technique de soin et ses résultats)
sont mises au service de la relation de soin. Les malades sont au centre de
cette relation, et la qualité de cette relation dépend des rapports entre les
soignants. La hiérarchie hospitalière est comprise selon le principe d=une relation de service de l=infirmière envers son malade.
Elle semble soutenue par la compassion et le dévouement, valeurs empruntées à
une supposée nature féminine, mais aussi à celles des professions libérales,
comme le droit ou la médecine. Le désintéressement, la bonté, l=honnêteté et la loyauté sont
autant de qualités qui sont requises chez les membres des professions libérales
(les médecins et les avocats par exemple) qui veulent servir une classe moyenne
en expansion[44], notamment au XIXe
siècle, lors de l=implantation
de leurs formations au sein de l=université.
Les
qualités physiques (santé, culture physique, délicatesse des sens,
manières avenantes, expression, dextérité manuelle) traduisent leur volonté de
rendre efficace leur geste de prise en charge du patient. L=apparence, le geste et la
posture semblent ici significatifs de la perception que les malades ont de la
capacité de l=infirmière
à les rassurer et à se charger de leur souffrance. D=ailleurs, les Sœurs Grises
précisent dans leur manuel l=importance
de l=élégance
de la démarche et du geste qui donnent * de l=aplomb au maintien, de l=assurance, qualités
essentielles à une infirmière +[45]. Elles soulignent l=importance du contrôle des
émotions, de l=usage
de la fermeté, de la douceur ainsi que de la clarté de l=expression verbale. La
relation de * prise
en charge +
apparaît ici fondamentale à l=exercice
du soin. La douceur y est déterminante et, comme le souligne l=historienne Kathryn
McPherson, c=est
ici qu=on
peut dégager un rapport clair avec le discours courant sur la féminité[46].
Pour les
religieuses, les qualités intellectuelles (un jugement sûr, un esprit vif et
observateur, une bonne mémoire, du tact) servent à acquérir et à utiliser les
informations qui guideront le soin. Ces qualités seront nourries par les
notions théoriques acquises des disciplines biomédicales, humaines et
sociales. L=intégration
de ces connaissances multidisciplinaires sert à l=évaluation des besoins du
malade par l=infirmière.
Ce n=est
qu=après
cette évaluation que les exercices techniques (de confort et d=entretien, par exemple),
thérapeutiques ou de soutien moral doivent être exécutés.
Enfin, les
qualités religieuses donnent un sens au travail de l=infirmière, permettent de l=ancrer dans un cadre plus
large d=une
aide à l=humanité
souffrante et d=en
imprégner sa relation avec le malade. Les Sœurs Grises vont jusqu=à dire que * la pensée de la
présence de Dieu en elle-même et en autrui +[47] s=observe physiquement, en
donnant aux traits des infirmières un reflet de sérénité. Plus spécifiquement,
ce savoir-être d=inspiration
religieuse envers le malade s=inscrit
dans une conception générale du soin qu=elles se sont engagées à
donner aux autres, plus démunis ou malades. Les religieuses hospitalières
épousent, dans leur travail de nursing, les principes éthiques de l=Église catholique et
respectent la morale catholique[48]. Dans le cas des Soeurs
Grises, la tradition de Mère d=Youville
inspire la pratique infirmière comme le ferait un exercice de charité : en
soignant le malade, la religieuse soigne aussi son Seigneur Jésus-Christ. Ces
qualités religieuses s=inscrivent
dans le discours qui prescrit aux femmes, même si elles sont religieuses, les
tâches de soin. Mais ces mêmes principes catholiques qui cantonnent les femmes
aux tâches de soin permettent, dans le secteur professionnel, l=émergence d=un principe infirmier. La
reconnaissance de l=être
humain comme une entité physique et spirituelle par l=Église catholique conduit à
la nécessité du soin spirituel (soin des âmes, sanctification des âmes) et du
soin des corps (par la science pratique)[49]. Les religieuses considèrent
alors la personne comme un tout et s=y dévouent. Aussi, Pauline Paul désigne-t-elle l=approche des religieuses dans
le soin comme une approche holistique[50]. Enseignant aux étudiantes
laïques le dévouement aux malades selon les principes de l=Église catholique, les
religieuses établissent le cadre d=un soin holistique en milieu hospitalier.
La * technique nursing +
Les
travaux de Sœur Allard de l=Hôtel-Dieu
de Montréal introduisent au début des années 1930[51] de nouvelles techniques et
procédures de soins, dans un effort de distinguer le nursing des pratiques
hétéroclites présentes dans les écrits des années précédentes. Dans leur
manuel, Principes élémentaires concernant le soin des malades, les Sœurs
Grises reprennent certaines de ces procédures (de soins de confort, d=entretien, prophylactiques et
thérapeutiques) afin de systématiser les tâches et de les uniformiser. Trois
procédures, l=une
générale, les deux autres plus précises, sont ainsi proposées. Les infirmières
doivent prendre en considération une série d=éléments lors de chaque soin
: *
1- confort du patient, 2-propreté et bonne apparence, 3- économies de temps, d=effort et de matière
première, 4- technique et habileté, 5- fidélité aux détails, 6- effets
thérapeutiques, 7- simplicité et assurance dans le travail +[52]. L=attitude personnelle dans la
relation du patient doit se transformer en rituel de soin : * 1- Dire bonjour et
sourire, 2- Esprit de prévision, être à l'écoute, se rappeler des besoins, 3-
Ne pas lui annoncer de mauvaises nouvelles, 4-Confidentialité, 5- Éloges du
médecin, 6- Pas de bruit, 7- Tenue irréprochable, 8- Assister les invalides
pour les repas, faire attention à la propreté et l'apparence de leur cabaret[53] +. Dans ce processus, Sœur
Allard considérait la technique du soin des malades comme * l=habile maniement du malade
avec le moins de malaise possible; l=habile maniement des objets stérilisés sans danger de les
contaminer; l=exclusion
des mouvements inutiles de manière à assurer le maximum de vitesse compatible
avec la plus grande habileté +[54]. L=habileté, l=efficacité et l=économie caractérisent ainsi
ces rituels.
La
systématisation des soins infirmiers implique la transformation des tâches d=assistance en une procédure
très ritualisée et balisée qui définit la nature de l'attention portée au
patient. Malgré la complexification des appareils utilisés et l=augmentation des
prescriptions médicales[55], la procédure des soins vise
ainsi à conférer à l=acte
infirmier une nouvelle efficacité et une règle d'ordre. Avec l=énumération de consignes
précises et la codification des tâches (ou gestes) de soin, les Sœurs Grises
considèrent la relation de soin entre l=infirmière et le malade comme
relevant d=un
service pour lequel l=infirmière
doit être formée et rémunérée même si le dévouement religieux guide aussi son
action.
Les
directives sont claires. L=infirmière
sera évaluée sur la rapidité des actes posés, sur les étapes qu=elle a suivies et les moyens
adoptés pour mener le patient à la guérison. On tiendra également compte de l=économie de temps, d=effort et de matériel, et de
l=apparence soignée et finie de
son travail. Lors du cours pratique, un intérêt particulier est porté au
confort et à la satisfaction du patient, au fait qu=il ne souffre pas ou peu et
que lui ou son entourage soient moins inquiets. De nombreux exemples tirés de
la section * Problèmes
et questions +
du manuel Le soin au malade (1947) illustrent cette préoccupation. Ainsi,
la question de l=humiliation
d=un malade est soulevée : * Une malade, dans une salle
commune, souffre de pédiculose et en est fort humiliée : dicter la
conduite de l=infirmière
à son égard +[56]. Selon les directives du
manuel, l=infirmière
devrait inviter la malade à surmonter son humiliation pour pouvoir être
traitée en toute confiance. C=est
surtout par l=usage
de tact, de paroles d=encouragement
favorisant la gaieté, de discrétion, que l=infirmière peut * donner regain et fraîcheur à
l=existence de la malade +. L=infirmière devra considérer l=histoire (histoire familiale,
milieu de vie, etc.) de la malade pour saisir plus justement ses comportements
(ici d=humiliation)
et y remédier. Une fois l=humiliation
disparue ou atténuée, et le traitement réussi (soins hygiéniques de la
chevelure et destruction des parasites), elle pourra lui donner des conseils d=hygiène, toujours en usant de
tact et en s=adaptant
au milieu, à l=âge
et à l=éducation
de la malade.
Plusieurs
autres exemples signalent l=importance
du rôle de l=infirmière
dans le soulagement ou le réconfort d=un malade : * Une personne (est) hospitalisée en chambre privée,
et, par suite d=un
revers de fortune, elle doit être transférée en chambre publique. Quels
sentiments peuvent alors la troubler et quelle sera votre manière d=agir avec cette
personne? +[57]; * Quelles inquiétudes
avez-vous remarqué (sic) chez un trachéotomisé? Comment le
rassurer? +[58]; * Vous vous apercevez que
des visiteurs fatiguent le malade, comment y remédier? +[59]. Ce qui apparaît d=abord comme des règles de
comportement pour alléger la souffrance ou l=inconfort d=un patient, souvent reliées
au discours courant sur la féminité, peut également être compris comme une
forme élaborée de gestion de l=environnement
humain et social au sein de l=hôpital.
Si le comportement de l=infirmière
doit servir le bien-être du patient, il doit également ordonner l=ensemble du milieu
hospitalier qui l=entoure.
En fait, l=ensemble
de cette codification sert non seulement à définir le nouveau profil de l=infirmière professionnelle, à
établir ses connaissances sur des savoirs et des techniques précises, mais
aussi à en faire le pivot des nouvelles normes de gestion hospitalière. Toutes
ces qualités deviennent dans les écrits des Sœurs Grises des compétences qui s=acquièrent uniquement dans
les différents services hospitaliers, qui font l=objet d=une évaluation en bonne et
due forme, et qui fondent l=expertise
reconnue de l=infirmière.
La relation au malade en est un des fondements, tout comme la volonté de
rationaliser les soins et de les rendre plus techniques. L=infirmière est au service du
malade, mais aussi au centre de l=administration hospitalière, ce que l=on ne s=étonnera pas de trouver chez
les Sœurs Grises qui ont acquis leur propre compétence comme gestionnaires d=hôpitaux et enseignantes dans
leurs écoles.
C=est sans doute ce qui
constitue la particularité de la contribution de cette communauté au nursing. Les
Sœurs Grises n=hésitent
pas à inscrire leur vision des soins infirmiers dans le courant nord-américain
de réforme hospitalière, et se distinguent ainsi de bien des hospitalières
catholiques qui se méfiaient de la mainmise des groupes laïcs et protestants
dans ce mouvement. Elles n=adhèrent
toutefois pas aux solutions préconisées par ces derniers en ce qui concerne
notamment les fondements des savoirs enseignés en nursing. Elles se distinguent
aussi nettement du modèle anglo-protestant où l=absence d=expérience antérieure des
infirmières laïques dans les grands hôpitaux a conduit les réformateurs à
penser le nursing comme le prolongement de l=hygiène. Les Sœurs Grises
élaborent ainsi leur propre modèle de soin, qui vise à développer une formation
supérieure pour moderniser le nursing et en faire l=élément structurant de l=organisation hospitalière. À
ce titre, on a souvent critiqué cette vision en la qualifiant d=élitiste, car elle entrevoit
le rôle de l=infirmière,
comme celui de l=hospitalière,
au centre de tout l=édifice
du soin, dans des hôpitaux qui sont leur chasse gardée. Ce qui apparaît à
travers cette étude des premiers manuels de soins infirmiers, c=est l=importance accordée par les
Sœurs Grises à l=hôpital
comme lieu central pour prodiguer des soins à la population.
Conclusion
L=Institut Marguerite d=Youville, avec ses activités
d=enseignement et de recherche,
prodigue, comme à l=École
supérieure de nursing de l=Université
McGill, un enseignement libéral professionnel. Ce qui apparaît à la lumière de
cette étude, c=est
que l=IMY
est également un laboratoire où s=élaborent des conceptions du nursing qui allient plusieurs
expériences et expertises, qui semblent uniques aux Sœurs Grises. Cet ensemble
de connaissances constituera la base des programmes et enseignements
spécialisés des écoles de nursing et de la recherche universitaire dans le
secteur franco-catholique durant les années 1970[60].
À ce
titre, les Sœurs Grises participent au mouvement de réforme hospitalière
nord-américain, qui préconise que les soins infirmiers soient laïcs et placés
sous la direction des médecins. Leur engagement dans ce mouvement les a
conduites à concevoir d=une
façon nouvelle les soins infirmiers, pour y inclure des aspects techniques et
scientifiques, ce qui leur a permis ensuite de développer, comme leurs
consoeurs américaines et canadiennes, une formation supérieure à l=université pour les
infirmières franco-catholiques. Que les hospitalières des communautés
religieuses aient été les premières à en bénéficier ne fait aucun doute. Avec
la création d=une
institution d=éducation
supérieure, l=Institut
Marguerite d=Youville,
et leur participation à la fondation de la Faculté de nursing de l=Université de Montréal, les
Sœurs Grises ont néanmoins fait plus : elles ont ouvert une brèche durable
dans le système universitaire pour toutes les femmes laïques à la recherche d=une carrière. Au-delà de l=institution, qu=elles ont dû quitter dans la
foulée de la démocratisation et de la laïcisation de l=enseignement supérieur, elles
ont laissé une marque encore plus durable avec la formalisation originale des
savoirs en nursing, savoirs que l=on retrouve encore dans les programmes de formation offerts
par la faculté de nursing dans les années 1970.
Cette
conception particulière du nursing développée par les Sœurs Grises s=inscrit dans un processus de
désacralisation et de dénaturalisation de l=exercice infirmier, une
conception que reprendront sans peine les infirmières laïques et qui dominera
la scène de l=éducation
supérieure en nursing au tournant des années 1960. Ainsi, alors que la loi
des infirmières est modifiée en 1969 pour admettre des hommes à la profession
et que le mouvement de démocratisation des institutions de santé et d=éducation met fin à la
domination religieuse dans ces secteurs, la production des savoirs infirmiers
se poursuivra en continuité avec la trame établie par le processus de
formalisation des savoirs dans les manuels infirmiers. Les sciences humaines
et sociales viendront remplacer les explications religieuses et morales
(souvent naturelles) qui s=effritent
dans les années d=après-guerre.
Ainsi, les écrits de Hildegard Peplau, Interpersonal Relations in Nursing
(1952), et ceux de Virginia Henderson sur les besoins fondamentaux des malades[61] sont déjà présents dans les programmes
et travaux à l=Université
de Montréal durant les décennies 1960 et 1970.
Sans
transgresser ouvertement les limites du genre (sphère du soin attribuée aux
femmes) et les rapports apparents de domination entre les sexes, les Sœurs
Grises ont néanmoins réussi à traduire dans un nouveau corps de savoirs leur
conception des soins infirmiers, comme compétence et base d=une expertise propre. Leur
expérience d=administratrices
et d=enseignantes
se retrouve également dans leurs visions des soins, traduisant in fine
la pratique unique des hospitalières franco-catholiques.
NOTES
1 Cet article
présente certains résultats d=une
recherche plus large sur la Faculté des sciences infirmières de l=Université de Montréal dirigée par Yolande
Cohen. Nous tenons à remercier le Hannah Institute for the History of
Medicine qui a octroyé une bourse de doctorat à Esther Lamontagne. Certaines
données sont reprises de sa thèse de doctorat. Nous voulons également
remercier Nadia Fahmy-Eid pour sa lecture toujours attentive.
2 Voir Micheline
Dumont et Nadia Fahmy-Eid, Les couventines. L=éducation des filles au Québec dans les
congrégations religieuses enseignantes, 1840-1960 (Montréal : Boréal, 1986); Nadia Fahmy-Eid
(dir.), Femmes, santé et professions : histoire des diététistes et des
physiothérapeutes au Québec et en Ontario, 1930-1980 (Montréal :
Fides, 1997), 10.
3 Dumont et
Fahmy-Eid, Les couventines, Marta Danylewicz, Profession religieuse.
Un choix pour les Québécoises, 1840-1920 (Montréal: Boréal, 1988), Nicole
Laurin, Danielle Juteau et Lorraine Duschesne, À la recherche d=un monde oublié: les communautés religieuses
de femmes au Québec de 1900 à 1970 (Montréal: Le Jour, 1991).
4 Fahmy-Eid, Femmes,
santé et professions, 79-121.
5 Yolande Cohen, Jacinthe Pepin, Esther Lamontagne et André
Duquette, Les sciences infirmières: genèse d=une discipline. Histoire de la Faculté des
sciences infirmières de l=Université
de Montréal (Montréal: Les
Presses de l=Université de Montréal, 2002), Meryn Stuart,
* War and Peace: Professional Identities
and Nurses= Training, 1914-1930 +: 171-193, dans Elizabeth Smyth et al.,
eds., Challenging Professions. Historical
and Contemporary Perspectives on Women=s Professional Work (Toronto: University of Toronto Press, 1999). Voir aussi le texte de
Rondalynn Kirkwood, * Blending Vigorous Leadership and Womanly Virtue:
Edith Kathleen Russell at the University of Toronto, 1920-1952 +, Bulletin canadien d=histoire de la médecine 11, 1 (1994): 175-206.
6 Dumont et
Fahmy-Eid, Les couventines; Nicole Thivierge, Écoles ménagères et
Instituts Familiaux: un modèle féminin traditionnel (Québec: IQRC, 1982);
Louise-Hélène Trottier, * Évolution de la profession infirmière au
Québec de 1920 à 1980 + (Mémoire de M.A., Université de Montréal,
1982); Johanne Daigle, * Devenir infirmière: le système d=apprentissage et la formation professionnelle
à l=Hôtel-Dieu de Montréal, 1920-1970 + (Thèse de Ph.D., Université du Québec à
Montréal, 1990).
7 Voir entre autres la
perspective britannique présentée par Anne-Marie Rafferty, The Politics of
Nursing Knowledge (London: Routledge, 1996), la perspective américaine par
Barbara Melosh, The Physician=s Hand: Work, Culture and Conflict in American Nursing (Philadelphia: Temple University Press, 1982) et Susan
Reverby, Ordered to Care: The Dilemma of American Nursing, 1850-1945
(New York: Cambridge University Press, 1987) et la perspective canadienne par
Kathryn McPherson, Bedside Matters. The Transformation of Canadian Nursing,
1900-1990 (Toronto: Oxford University Press, 1996) et Yolande Cohen, Profession
infirmière. Une
histoire des soins dans les hôpitaux du Québec (Montréal: Les Presses de l=Université de Montréal, 2000).
8 Monica Baly, * The Nightingale Nurses : The Myth
and the Reality + dans
C. Maggs, Nursing History : The State of the Art (London :
Croom Helm, 1987) : 33-59 ; Ann Summers, Angels and
Citizens : British women as military nurses, 1854-1914 (London:
Routledge, 1988); Sioban Nelson, Say Little, Do Much: Nursing, Nuns and
Hospitals in the Nineteenth Century (Philadelphia: University of
Pennsylvania Press, 2001) ; Pauline Paul, * A History of the Edmonton General Hospital
: 1895-1970, D Be Faithful to the Duties of your Calling E + (Ph.D. diss., University of Alberta, 1994).
9 À la fin du XIXe
siècle, ces trois communautés se partagent une grande part du soin aux malades,
agissant dans nombreux asiles, hospices et hôpitaux de la région de Montréal.
Voir Micheline D=Allaire, Les communautés religieuses à
Montréal. Tome 1 : Les communautés religieuses et l=assistance sociale à Montréal 1659-1900 (Montréal, Éditions du Méridien, 1997).
10 Données tirées de
D=Allaire, Les communautés religieuses à
Montréal et Soeur Clémentine Drouin, L=Hôpital général des Sœurs de la Charité *Sœurs Grises+. Tome III : 1853-1877 (Montréal, Maison mère des Sœurs Grises,
1943), Estelle Mitchell, L=essor apostolique. Histoire de l=hôpital général des Sœurs de la Charité de
Montréal * Sœurs
Grises +.
Tome 4 (1877-1910)
(Montréal, Éditions du Méridien, 2000) et L=hôpital Général des Sœurs de la Charité de
Montréal * Sœurs
Grises +.
En toute disponibilité.
Tome V : 1910-1935
(Montréal, Éditions continentales, 1996).
11 Laurie Gottlieb
et Kathleen Rowat, * The
McGill Model of Nursing : A Practice-derived Model +, Advances in Nursing Science 9, 4
(1987) : 51-61.
12 Cohen et al., Les
sciences infirmière : 151-96.
13 Voir Charles E. Rosenberg, The Care of Strangers: The Rise of
America=s Hospital System (New York : Basic Books, 1987). Pour le réseau hospitalier catholique, voir
André Cellard, L=histoire de l'Association catholique canadienne de la
santé : fidèle à une mission (Ottawa : Association catholique canadienne de la santé,
1990).
14 Les principes de
la formation des soignantes de la communauté des Sœurs de la Providence en
Amérique du Nord ont été récemment analysés dans Nelson, Say Little, Do
Much. En 1859, les Soeurs de la Providence ont d=ailleurs publié un manuel qui s=intitulait : Traité élémentaire de
matière médicale et guide pratique des Soeurs de charité de l=Asile de la Providence (Montréal : Eusèbe Sénécal, 1859). Les
principes mis de l=avant
par les Religieuses Hospitalières de St-Joseph sont décrits dans Daigle, Devenir
infirmière, ainsi que dans Cohen, Profession infirmière. En
ce qui concerne les Augustines de l=Hôtel-Dieu de Québec, voir François Rousseau, La
Croix et le Scalpel. Histoire des Augustines et de l'Hôtel-Dieu de Québec
(Québec : Septentrion, 1994). Pour les Sœurs Grises, voir Cohen, Profession
infirmière, et Paul, A History of the Edmonton General Hospital.
15 Esther Lamontagne,
* Histoire sociale des savoir-faire
infirmiers au Québec de 1880 à 1970 + (Mémoire de M.A., Université du Québec à Montréal,
1999).
16 Voir, à ce propos, Cohen, Profession
infirmière, 81-102, 209-26.
17 Denis Goulet, Histoire
de la Faculté de médecine de l=Université de Montréal, 1843-1993 (Montréal : VLB,
1993), 130-36.
18 Cette réforme
vient du Rapport Flexner. Déposé en 1910, le rapport souligne la médiocrité de la
médecine américaine et * pointe du doigt la piètre qualité de l=enseignement dispensé dans les écoles de
médecine de même que la faiblesse des normes hospitalières +. La réception favorable de ce rapport aux
Etats-Unis pousse la mise en place, par le Collège américain des chirurgiens en
1914, d=un programme destiné à évaluer le niveau d=excellence des hôpitaux à l=échelle nord-américaine. * Le respect de certaines normes
minimales relatives à l=enseignement,
au personnel, à l=équipement, etc. vaudrait à l=institution concernée l=octroi d=un D agrément E +. L=élite hospitalière catholique se regroupe au
sein de l=Association des hôpitaux catholiques en 1915
dans l=optique de soutenir cette réforme. Cellard, L=histoire de l=Association
catholique, 10-14.
19 Glennis Zilm et
Ethel Warbineck, Legacy : History of Nursing Education at the
University of British Columbia (Vancouver : University of British
Columbia Press,1994).
20 Le terme * hospitalière + désigne les communautés religieuses en milieu
hospitalier (ce qui les différencie des congrégations enseignantes), et aussi,
plus spécifiquement, la religieuse qui supervise les salles des malades. Ici,
on réfère au sens plus large de la communauté.
21 Archives des Sœurs
Grises de Montréal (ASGM), fonds L102 1C1, Université de Montréal; Prospectus, Cours
de perfectionnement pour les gardes-malades. Diplôme universitaire de
garde-malade, Montréal, 1924.
22 Première revue
infirmière de type professionnel au Québec, cette revue mensuelle fait la
promotion des cours de formation supérieure. Publiée par les infirmières des
cours supérieurs (enseignantes, étudiantes et diplômées) et soutenue par le
recteur de l=Université de Montréal, Mgr Joseph Vincent
Piette, elle est dirigée par les Sœurs Fafard et Duckett. Voir Cohen, Profession
infirmière, 164-69.
23 Cellard, L=histoire de l'Association catholique canadienne de la
santé, 10-19.
24 ASGM, fonds L102
1C1, Université de Montréal; Prospectus, Cours de perfectionnement pour les
gardes-malades.
25 Annuaires de l=IMY, 1936 à 1948.
26 Voir, à ce
propos, Rosenberg, The Care of Strangers; Burton J. Bledstein, The
Culture of Professionalism. The Middle Class and the Development of Higher
Education in America (New York : W.W. Norton and Co., 1976); A.B.
McKillop, Matters of Mind: The University in Ontario 1791-1951 (Toronto
: University of Toronto Press, 1994).
27 ASGM, Notices biographiques..
28 Les plus
nombreuses sont les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph (23 %), suivies
par les Sœurs Grises de la Croix (12 %), les Sœurs Grises de St-Hyacinthe (8
%). D=autres communautés hospitalières présentes
sur le territoire du Québec et des communautés missionnaires constituent le
reste du contingent (56 %) : ce sont les Sœurs de la miséricorde, les
Filles de la sagesse, les Filles de la charité du SacréBCœur, les Religieuses Hospitalières d=Arthabaska, les Sœurs de la Providence, les
Augustines de Chicoutimi, de Québec et de Lévis, les Religieuses de l=Espérance, les Missionnaires Notre-Dame des
Anges, les Oblates franciscaines de Saint-Joseph, les Missionnaires du
Christ-Roi, les Petites franciscaines de Marie et les Sœurs de la Providence de
Kingston. ASGM, Statistiques de l=Institut Marguerite d=Youville,
1955.
29 ASGM,
Statistiques de l=Institut Marguerite d=Youville, 1955.
30 Fahmy-Eid, Femmes, santé et
profession, 79-142.
31 ASGM, Liste des
thèses et travaux de recherche B décrite comme incomplète, 1966.
32 Le terme * hospitalière + utilisé ici prend le sens spécifique de la
position hiérarchique de l=infirmière-religieuse au sein des services infirmiers.
33 Soeurs de la
Providence, Traité élémentaire de matière, Sœur Allard, Principes
élémentaires concernant le soin des malades (Montréal : Hôtel-Dieu de
Montréal, 1931).
34 L=ensemble des exemplaires sont vendus en 1953.
ASGM, IMY, Rapport Annuel, 1947 à 1953.
35 Institut Marguerite
d=Youville (IMY), Le soin des malades :
Principes et techniques (Montréal : IMY, 1947).
36 ASGM, fonds L102/B1, pièce 20.1.
37 P. Rudaux, Précis
élémentaire d=anatomie,
de physiologie et de thérapeutique appliquée (Paris : Masson et Cie, 1936), E. Gley, Traité
élémentaire de physiologie, 9e édition (Paris : J.B.
Baillère et fils, 1938), T.J. Collet, Précis de pathologie interne (Paris :
G. Doin et Cie, 1931), E. Hédon, Précis de physiologie, 12e
édition (Paris : G. Doin et Cie, 1939).
38 L. Chaptal, Le livre de l=infirmière (Paris : Masson et cie, 1928).
39 G. Hébert, Formulaire de l=Hôpital Notre-Dame, Montréal, 1937 ; L. K. Ferguson, Care
of Surgery of Ambulatory Patient (Montreal : J.B. Lippincott, 1942).
40 À ce sujet, voir Cohen et al., Les
sciences infirmières, 57.
41 Robert Wuthnow, Learning
to Care: Elementary Kindness in an Age of Indifference (New York
: Oxford University Press, 1995); Sioban Nelson, A Genealogy of Care
of the Sick. Nursing Holism and Pious Practice (Southsea : Nursing Praxis
International, 2000); Verna Benner Carson and Harold G. Koenig, Parish
Nursing Stories of Service and Care (Philadelphia : Templeton
Foundation Press, 2002).
42 Exprimé
ainsi : * Don naturel que des femmes
possèdent +, * carrière digne d=une élite
féminine +. IMY, Le soin des malades, 4.
43 Lamontagne, * Histoire sociale des savoir-faire
infirmiers au Québec +.
44 Bledstein, The
Culture of Professionalism, Rosenberg, The Care of Strangers,
McKillop, Matters of Mind.
45 IMY, Le soin des maladies, 6.
46 McPherson, Bedside Matters,
164-204.
47 IMY, Le soin des maladies, 7.
48 Paul, A History of the Edmonton
General Hospital, 449.
51 On doit à Sœur
Allard la rédaction d=une
chronique intitulée * Technique + dans la GMCF à partir de 1928 et la
publication, en 1931, du manuel Principes élémentaires concernant le soin
des malades.
52 Allard, Principes
élémentaires, 9.
53 Sœur Allard, * Technique. Moyen de procurer
confort physique et moral au patient +, La Garde-Malade Canadienne-Française, mars
1929, 182.
54 Allard, Principes
élémentaires, 9.
55 Les innovations
technologiques surviennent à un rythme de plus en plus rapide, la situation
sanitaire change, les maladies infectieuses tendent à disparaître, tandis que d=autres prennent de l=ampleur (maladies cardio-vasculaires,
allergies...). La recherche dans le domaine de la pharmaceutique procure aux
médecins l=antibiothérapie (pénicilline, streptomycine,
etc.) pour traiter les maladies infectieuses. Des médicaments comme la
cortisone, de nouveaux diurétiques, des bêtabloquants utilisés en cardiologie,
de la cimétidine pour traiter les ulcères, l=insuline pour traiter les diabétiques, les
neuroleptiques utilisés pour le soin des maladies mentales, et d=autres encore apparaissent. La chirurgie est
aussi l=une des spécialités qui connaît un
développement impressionnant (chirurgie de la douleur dans les années 1940,
trépanation en neurochirurgie, transplantations, chirurgie traumatologique lors
de la Deuxième Guerre mondiale, chirurgie plastique, etc.). La vaccination a
aussi permis de prévenir beaucoup de maladies, particulièrement la
poliomyélite, la tuberculose, la rubéole et la diphtérie. De plus, l=évolution des techniques de diagnostic a fait
faire un pas de géant à la médecine. Plusieurs appareils permettent de faire
des examens et des diagnostics précis de l=état d=un patient (électrocardiographe, électroencéphalographe
et des techniques d=examens
telles la radiologie, la xérographie, le lavement baryté, le scanner, etc.).
Voir l'ouvrage de François Guérard, Histoire de la santé au Québec
(Montréal : Boréal Express, 1996).
56 IMY, Le soin des malades, 151.
60 Cohen et al., Les
sciences infirmières, 151-96.
61 Ces travaux ont été
évoqués par Esther Lamontagne : * Savoirs infirmiers et professionnalisation +, communication présentée au Colloque Enjeux
et promesses de l=
histoire des femmes, UQAM,
Montréal, 30 novembre 2001.
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